Ôtrium, le trio poétique de Quentin Ghomari
Dimanche dernier, Ôtrium, le trio du trompettiste Quentin Ghomari a fait entendre une musique rare, fraîche, poétique.
Quentin Ghomari (trompette), Yoni Zelnik (contrebasse), Gauthier Garrigues (batterie), dimanche 26 avril au Jass Club, 141 rue de Tolbiac 75013 Paris
Le concert commence avec Knock Knock, délicieuse sucrerie sonore, petite cacophonie primesautière où le trompettiste Quentin Ghomari fait entendre ce pétrissage sonore, ludique et frais, qui est une des caractéristiques de son jeu. Ensuite, avec Jehol (inspiré des cavaliers, de Joseph Kessel) on entend une facette plus lyrique de son univers. Quel beau thème ! L’improvisation qui suit l’est tout autant, avec la pureté du son, l’élégance des lignes mélodiques, et ces aigus qui filent s’enrouler autour des étoiles…

Le contrebassiste Yoni Zelnik, admirable par son jeu direct, invente des ostinatos de granit élastique. Gautier Garrigue, qui remplaçait ce soir-là Antoine Paganotti, suggère un orage qui s’approche sur la pointe des pieds, monte sur ses grands chevaux, et repart à pas feutrés.
Le concert se poursuit. Charms of Miles skies est très lyrique, un peu dans la veine de Jehol. On sent que Quentin Ghomari a écouté tous les maîtres : Miles bien sûr, à qui le thème est dédié, mais aussi Kenny Dorham, Booker Little, Kenny Wheeler. (Ecouter, pour un jazzman, ce n’est pas mettre un CD ou un disque sur la platine, c’est mâcher, remâcher, jusqu’à ce que certaines phrases migrent dans la colonne vertébrale). S’enchaînent Striptyque, Blues to Gil, Rouli Roulant, où le groupe se transforme en quartet avec l’intervention, pleine d’élégance et de maîtrise de César Poirier.

Qu’est ce qui touche dans la musique du trio de Quentin Ghomari ? L’absence d’esbrouffe, l’honnêteté, le sens de l’espace, la joie, une forme de pureté. Mais aussi et surtout la fraîcheur d’une poésie qui semble avoir sa source dans l’enfance. C’est ce que semblent suggérer plusieurs thèmes bâtis sur des sensations brutes, comme scratch disc, Rouli-Roulant, ou encore ce knock knock qui entamait le concert et qui ressemble à un babillage. On connaît aujourd’hui aujourd’hui beaucoup de trompettistes qui jouent admirablement. Quentin Ghomari en fait partie. Mais cette petite lumière poétique qui illumine son jeu en fait un musicien à part.
Texte JF Mondot
Dessins en distanciel : annie-claire Alvoët (autres dessins et peintures à consulter sur www.annie-claire.com)