Kurt Elling à la Seine musicale

23 Apr 2018 #Le Jazz Live

Dans l’auditorium de la Seine Musicale, Kurt Elling a mis d’accord à la fois les amateurs de jazz et le grand public.

Kurt Elling (voc), Stuart Mindemann (piano, orgue), Clark Sommer (b), Jeff « Tain » Watts (batterie), John Mc lean (guitare) et guest; Rick Margitza (tenor saxophone), la Seine Musicale (Boulogne Billancourt), mardi 17 avril 2018

Kurt Elling entame le concert par une version du célèbre A Hard rain’s gonna fall de Bob Dylan. On connaît cette chanson incroyable, qui figure sur « The free wheelin » (1963):

« Où as tu été mon fils aux yeux bleus?

Où as tu été mon cher petit?

J’ai trébuché sur le bord de douze montagnes brumeuses

J’ai marché et rampé sur six chemins tordus (…) »

On dit parfois que cette chanson saturée de grandioses images bibliques, a eu une influence majeure sur Leonard Cohen, le convertissant définitivement à la chanson. Quoi qu’il en soit, cette chanson d’angoisse hallucinée (dictée à l’époque par le péril nucléaire) est dans l’air du temps. Elle traduit les inquiétudes politiques qui sont le fil rouge du dernier disque de Kurt Elling (The questions) et qu’il n’a cessé de rappeler tout au long de la soirée, rappelant la nécessité de rester unis, dans une attitude très américaine, un peu prêcheuse, mais d’une évidente sincérité.  

 

On entend dans ce Hard rain (malgré quelques problèmes de sonorisation au début) quelques unes des caractéristiques qui font de Kurt Elling (50 ans, une douzaine d’albums) un des tout meilleurs chanteurs d’aujourd’hui. Cette chanson épique met en relief sa puissance émotionnelle, avec cette litanie d’interrogations martelées comme des coups de poing sur une porte qui refuse de s’ouvrir.

Kurt Elling, homme de mots (il a lui-même habillé de paroles plusieurs standards instrumentaux) sait les incarner, les faire résonner en lui pour mieux les réfléchir vers le public. Son pianiste Stuart Mindeman passe du piano à l’orgue pour donner encore plus d’ampleur à la chanson.

Une autre des qualités de Kurt Elling, visible avec ce hard rain (dont je n’avais entendu encore aucun chanteur de jazz s’emparer) est sa capacité à se constituer un répertoire en prélevant des fleurs secrètes du répertoire, cachées, bien à l’écart des routes principales. Il y a quelques années (j’aimerais bien savoir comment cette chanson avait pu arriver à ses oreilles…) il avait donné une incroyable version, en français, du succès de Jean Sablon, « Je tire ma révérence ». Ce soir, dans le cocon de l’auditorium de la Seine Musicale, il nous gratifie, à peu près au deux tiers du concert, d’une version d’un chef d’oeuvre de Carla Bley, Lawns, auquel il a ajouté quelques paroles. Moment sublime, point d’orgue du concert, d’autant plus que Kurt Elling a invité pour ce morceau et les suivants Rick Margitza dont les interventions, brillantes ont à chaque fois  fait monter l’intensité de plusieurs crans supplémentaires.

Jusqu’à présent j’ai parlé des qualités de Kurt Elling comme interprète. Quant à ses qualités vocales, elles sont évidentes: Elling descend en majesté le tapis rouge de la grande tradition crooneuse, mais avec quelques petites variantes, quelques ajouts, quelques inflexions personnelles, qui le mettent à part. D’abord il n’abuse pas de ses graves somptueux, chauds, dorés, caressants. ll  a l’intelligence, le plus souvent, de les utiliser en filigrane, ce qui donne un grain merveilleux et lui permet d’éviter la mièvrerie. C’est là où Kurt Elling me touche le plus, dans ces ballades chantées sans forcer sa voix, comme ce merveilleux « American Tune » interprété au début du concert).

Le derniers tiers du concert , illuminé par la présence de Rick Margitza, atteint une très très haute qualité musicale. Deux rappels inoubliabes: un Skylark dépoli, comme s’il était entendu à travers une cloison, et cette impression doit beaucoup aux interventions du guitariste JohnMc Lean (d’un goût parfait tout au long du concert) qui trouve avec son instrument des couleurs de scie musicale.

Et enfin, un « I remember Clifford » chanté a capella, avec une ferveur merveilleuse, comme s’il ouvrait les bras. Un cadeau de plus dans une soirée qui en comporta beaucoup.

Texte JF Mondot

Dessins : Annie-Claire Alvoët (autres dessins, peintures , sculptures à découvrir sur son site www.annie-claire.com   Pour acquérir un de dessins figurant sur ce compte-rendu, s’adresser à l’artiste à l’adresse suivante:  annie-claire@hotmail.com)

Post scriptum: merci à Marc Sénéchal de la Seine musicale pour son accueil

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