Éloge de la Créolité à Fontenay-sous-Bois
Théâtre Jean-François Voguet le 20 février
Pour finir en beauté son édition 2026, le festival Sons d’Hiver avait prévu un voyage dans la créolité, de la Louisiane à la Réunion en passant par les Caraïbes, sous inspiration des écrivains Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé, avec une première étape à Fontenay-sous-Bois avec un programme proposant notamment une rencontre au sommet entre deux habituées de l’évènement, Leyla McCalla et Sélène Saint-Aimé.
Autre figure régulière de la programmation de Sons d’Hiver, c’est le percussionniste Claude Saturne – ordonnateur en particulier d’une incroyable soirée haîtienne, déjà à Fontenay, il y a quatre ans – qui ouvre la soirée avec son projet Milokan, copiloté avec le batteur béninois Angelo Moustapha. Entendu, entre autres, avec Jacques Schwarz-Bart et Moonlight Benjamin, Saturne est un habitué des projets ouvertes, et cette fois-ci il s’associe avec la musicienne électronique et percussionniste haïtienne Val Jeanty, qui a enregistré notamment avec Wallace Roney et Terri Lyne Carrington, le contrebassiste Luke Stewart, membre du collectif Irreversible Entanglements, et le trompettiste tout terrain Aymeric Avice. Il insiste à plusieurs reprises sur le manque de préparation du projet, qui n’a été donné qu’une seule fois, la veille, et n’a bénéficié que de peu de répétitions, et, de fait, l’ensemble donne une forte impression d’inaboutissement, qui se traduit en particulier par la sous-utilisation d’Aymeric Avice et quelques moments de flottements, d’autant que Saturne quitte à plusieurs reprises la scène pour se rendre en coulisse. Même si cela prend un peu de temps, une partie au moins du public finit par se laisser conquérir et à envahir l’avant-scène pour danser comme l’y invitaient les musiciens.
L’explication des sorties de Saturne arrive juste à la fin de la prestation de l’ensemble, quand le présentateur de la soirée vient annoncer la mauvaise nouvelle : Leyla McCalla est souffrante et n’est pas en mesure de monter sur scène ! C’est donc Sélène Saint-Aimé qui se présente seule avec sa contrebasse devant un public qui, dans son immense majorité, ne s’est pas laissé décourager par le contretemps. Elle commence par deux morceaux en solo, son instrument accompagnant son chant habité et intense, avant d’inviter Claude Saturne, qui devait participer au concert du duo, à la rejoindre. Visiblement tendue, elle explique que les deux musiciens ne se connaissent pas et n’ont pas du tout eu l’occasion de répéter ensemble… Cet élément est immédiatement apparent, tant les deux musiciens peinent à trouver un terrain commun au long d’improvisations qui leur semblent pénibles à tous les deux… et finissent par l’être pour les spectateurs témoins des efforts vains de Saint-Aimé pour établir une communication à laquelle Saturne semble inaccessible. Même la tentative d’interpréter un titre extrait du répertoire de McCalla tourne au fiasco et, visiblement frustrée, la chanteuse et contrebassiste préfère mettre un terme à l’expérience et quitter précipitamment la scène, alors que le public, un peu déconcerté mais de bonne volonté, aurait sans doute apprécié de l’entendre encore un peu seule. C’est donc dans une certaine confusion que se termine une soirée qui aura au moins eu le mérite de rappeler que la musique live n’est pas une simple routine…
Frédéric Adrian