“Bongo Fury” de Frank Zappa & Captain Beefheart, bonnes Mères !
Captain Beefheart et Frank Zappa. Photo : John Williams (Zappa Records).
Mélange de captations live et d’inédits studio. “Bongo Fury” de Frank Zappa et ses Mothers marquait le retour de Captain Beefheart dans l’univers zappaïen. Sa réédition Super Deluxe du 50ème anniversaire est un événement.
Par Julien Ferté
Début 1975, la percussionniste Ruth Underwood et le batteur Chester Thompson quittent le groupe de Zappa. La première reviendra effectuer quelques piges de temps à autre mais ne sera vraiment remplacée que deux ans plus tard par Ed Mann ; le second, parti rejoindre Weather Report (et plus tard Genesis), laisse sa place au phénoménal Terry Bozzio. Le guitariste Denny Walley, spécialiste de la slide, est également intronisé Mother, le tromboniste Bruce Fowler revient et trois “anciens” bientôt sur le départ font de la résistance : le chanteur et saxophoniste Napoleon Murphy Brock, le claviériste George Duke et le bassiste Tom Fowler.

Zappa est ainsi de nouveau à la tête d’un groupe exceptionnel où l’incomparable Don Van Vliet, alais Captain Beefheart, alors empêtré dans des problèmes contractuels, fait donc une entrée fracassante. Leur vieille complicité – ils avaient commencé de faire de la musique ensemble à Lancaster dès la fin des années 1950 – fait toute la singularité de “Bongo Fury”, que Zappa, au sortir d’une tournée américaine de trente dates, avait assemblé à partir de deux concerts donnés à Austin, Texas, ajoutant au passage quelques “selected studio wonderment”.

Outre l’album original, ce coffret “50th Anniversary” contient ces deux formidables concerts dans leur intégralité, et quelques extraits captés au début de la tournée. Une fois de plus, comment ne pas être fasciné par l’incroyable capacité d’adaptation de Zappa et de ses musiciens ? Le vide considérable laissé par Ruth Underwood est d’une certaine manière comblé par la présence de Captain Beefheart, maître fou dont la voix hantée par celle d’Howlin’ Wolf fait merveille, notamment dans la toute première version de The Torture Never Stops, que Zappa réengistrera en 1976 pour l’album “Zoot Allures”. (Dans ses liner notes, Denny Walley, ami d’enfance des Zappa, dit toute son admiration pour le Captain, personnage hors norme s’il en est.)
À la guitare, le band leader est toujours aussi inspiré et habité, signant des improvisations délectables et inspirées – ses interventions parlées, avant ou pendant les morceaux, sont du même tonneau –, dont celle effectuée avec un Ampeg Mini-Moog Controller dans le CD 3. La qualité de la prise de son est exceptionnelle, et si cette tournée ne fut qu’une parenthèse dans la saga musicale de Zappa, on en mesure mieux que jamais la valeur. Contrairement à ceux de Prince ces derniers temps, les admirateurs du natif de Baltimore sont décidément gâtés par ses ayants-droit. Pourvu que ça dure…
COFFRET Frank Zappa / Captain Beefheart / The Mothers : “Bongo Fury 50th Anniversary” (5 CD & 1 Blu-ray Zappa Records / Universal, sortie le 20 mars).