Jazz sur le Vif : Couturier-Pifarély, Marc Ribot - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 27 Avr 2026 • Par Xavier Prévost

Jazz sur le Vif : Couturier-Pifarély, Marc Ribot

Une fois encore, un concert Jazz sur le Vif à l’affiche très contrastée : jazz de chambre suivi de jazz tumultueux et transgressif. En fait les musiciens qui vont se succéder ont des histoires plurielles et composites : François Couturier et Dominique Pifarély avaient pratiqué dans le groupe Celea-Couturier des années 80 une sorte de jazz-fusion (très) sophistiqué ; et Marc Ribot a parcouru tout l’arc esthétique, du jazz dans son sens le plus large au rock et à son entour.

FRANÇOIS COUTURIER – DOMINIQUE PIFARÉLY ‘Préludes and Songs’

François Couturier (piano), Dominique Pifarély (violon)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 25 avril 2026, 19h

Le répertoire reprend en partie la matière musicale du disque ‘Preludes and Songs’ enregistré en 2023. Il évoque aussi la musique du pianiste et compositeur Mike Westbrook, mort deux semaines plus tôt : Dominique Pifarély avait régulièrement joué dans son orchestre. Une composition commune des deux musiciens peut s’enchaîner à un thème d’Ellington, que leur liberté va conduire vers les sonorités de Bartók. Le lyrisme est intense, exacerbé souvent chez le violoniste, tandis qu’il paraît plus retenu chez François Couturier. En fait c’est trompeur, car l’expressivité est parfois aussi impétueuse chez le pianiste. Après Music is…. de Mike Westbrook, le duo nous offre une variation, très renouvelée, sur la Chanson des vieux amants de Jacques Brel, puis une version tout aussi libre d’un chanson que chantait Nat King Cole. Bref ce fut un très beau voyage dans les émois suscités par la diversité de ce répertoire. Et comme c’était en direct sur France Musique, vous pouvez vivre ou revivre ce concert en suivant le lien ci-dessous

https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/jazz-club/direct-jazz-sur-le-vif-couturier-pifarely-au-studio-104-a-paris-7604782

MARC RIBOT ‘Hurry Red Telephone Quartet’

Marc Ribot (guitare, voix), Briggan Krauss (saxophone alto, guitare), Sebastian Steinberg (contrebasse, voix), Chad Taylor (batterie)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 25 avril 2026, 20h15

L’intitulé du groupe traduit une certaine idée de l’urgence. Voici une vingtaine d’année, Marc Ribot avait consacré un album à la musique d’Albert Ayler, en compagnie de Henry Grimes, ancien partenaire du Grand Albert. Le contrebassiste est mort en 2020, mais c’est avec le batteur Chad Taylor que renaît le désir d’aborder, très librement, cet univers, en l’étoffant d’autres influences. Le concert commence par une intro de guitare, qui va déboucher sur un échange assez free avec le groupe : je pense au ‘Free Rock Group’ de Barney Wilen, en 1968 ; même liberté transgressive, même ferveur. Un Hymne d’Albert Ayler va nous conduire vers une sorte de charge de musique légère : libres sont-ils, et libres ils demeurent. Après un beau solo de basse, vient une ritournelle qui tourne à l’émeute sonore et débouche vers une harangue, mi-chantée mi-déclamée, sur le désespoir du temps, pour se résoudre en une ballade mélancolique. De très beau solos de batterie, des envolées ‘plein jazz’ du sax alto, des éclats hendrixiens à la guitare, et des plongées rock : c’est un joyeux et fécond désordre…. Désordre apparent, car tout s’enchaîne avec Art. Des souvenirs de mélodies celtiques nous conduiront vers une déploration du sinistre présent de la politique états-unienne. L’intensité était décidément au rendez-vous, de la première à la seconde partie de cette soirée.

Xavier Prévost (texte & photos)

Le concert de Marc Ribot sera diffusé sur France Musique le samedi 9 mai, à 19h, dans l’émission ‘Jazz Club’