Isaiah Sharkey au New Morning
9 avril
Originaire de Chicago, le guitariste Isaiah Sharkey s’est fait remarquer dès son adolescence sur la scène gospel de Chicago, tournant avec le chanteur Smokie Norful dès ses 16 ans, tout en fréquentant de façon intensive les clubs jazz de la ville avec un groupe mené par son père. C’est une rencontre fortuite – chez un disquaire ! – qui lui permet d’intégrer les Vanguards, le groupe qui accompagne le retour à la scène du chanteur R&B D’Angelo après une longue période d’inactivité et de participer à l’enregistrement de l’album Black Messiah, qui sort en 2014. Dans ce collectif aux allures de all-star – Jesse Johnson ! Pino Palladino ! Questlove ! Roy Hargrove ! James Gadson ! Chris Dave ! -, Sharkey ne tarde pas à se faire sa place et la visibilité acquise lui permet de devenir un musicien de studio et de scène très demandé, qui se fait entendre chez Corinne Bailey Rae, Anderson .Paak, John Mayer, Common, Robert Glasper et Brian Culbertson, tout en intégrant les Drumhedz de Chris Dave et en participant au projet The Revival de Corey Henry. Il lance par ailleurs en 2017 sa carrière personnelle avec l’album Love.Life.Live en 2017, suivi de Love Is the Key (The Cancerian Theme) deux ans plus tard.
Quatre après une première visite parisienne sous son nom, c’est donc un New Morning très enthousiaste qui l’attend. Sharkey se présente en format quartet, accompagné par ses musiciens réguliers (Eric Johnson à la batterie, Jeremy « Tim » Tribitt aux claviers et Maurice Fitzgerald à la basse) qui sont les mêmes qu’en 2022. Pas de round d’observation : c’est le riff de « Sunshine Of You Love », le classique de Cream, qui ouvre le concert, pour une version qui emprunte largement à la lecture hendrixienne du titre. Sans surprise, l’influence du gaucher de Seattle est évidente sur le jeu de Sharkey, qui semble également s’être nourri du son d’un de ses principaux disciples, Ernie Isley. Guitariste impressionnant, y compris dans la façon dont il contourne les excès coutumiers du genre, il souffre cependant d’évidentes limites au chant, qui lui interdisent l’assurance que mettait dans le morceau Jack Bruce. Il enchaîne avec « It’s a Shame », le titre composé par Stevie Wonder avec Lee Garrett et Syreeta Wright pour les Spinners, attaqué à la façon du groupe avant de prendre la direction de l’univers de Sharkey. Là aussi, il laisse libre cours à son inspiration guitaristique, appuyé par l’accompagnement tout en force de ses musiciens, quitte parfois à perdre de vue la chanson de base et à se perdre dans des plans fusionnants assez prévisibles – mais qui semblent enchanter une large partie du public. Quelques originaux se glissent également dans le programme, à l’image de « Heaven », extrait de son premier album, et de la délicate balade « Trade It All », publiée il y a quelques mois et qu’il attaque joliment, accompagné de sa seule guitare et assumant ses fêlures vocales.
Les contraintes de la vie quotidienne me privent du second set, mais ce que j’ai entendu m’a suffit pour être convaincu de l’intérêt de ce que propose Sharkey, à qui il manque probablement juste un producteur qui saurait mieux canaliser son énergie pour atteindre le stade supérieur…
Frédéric Adrian