Oloron: Pierre Durand, guitare contrastes
Pierre Durand (g), Frederic Escoffier (elp, synthé, vocoder), Jérôme Regard (elb), Philippe «Pipon» Garcia (dm)
Jazz à Oloron, Jazz Club, Hall salle Jeliote, Oloron Sainte Marie (64400), 17 avril

Avec ce quartet Pierrre Durand s’est fixé un axe de création musicale bien établi: faire vivre en scène quelques thèmes de sa composition sur un axe de longs développements. De quoi donner à ces thèmes (extraits de l’album The end & the beginning, chapter III / J’entends le Soleil-Les disques de Lily) une version de musique live boostée au possible. « Le jazz y représente sans doute le genre dominant de par l’importance donnée à l’improvisation. Le jazz c’est un trop de directions. Aussi entendrez-vous d’autres composantes. Nous notre ADN vit sur cette base élargie. Ma musique se veut de sources multiples. Je cherche à intéresser un public large, curieux de découvrir »

D’entrée de jeu sur le titre éponyme du CD le guitariste tourne autour de la mélodie, sculpte ses formules en un doigté précis, offensif sur le manche cherchant le bon enchaînement de notes. Sans pressing, sans phase d’accélération marquée. Avec le quartet l‘intensité gagne au fur et à mesure. Et s’il fallait un repère, une accroche pour justifier ses dires, le titre suivant « Bowie » tombe pile en matière de justification. Sur le Fender Rhodes, le piano électrique, les accords tombent drus, accentuant l’effet rythmique appuyé de ceux de la guitare. A ce titre,; dans ses phases d’accompagnement comme lors des phrases exposées en solo Pierre Durand figure un phénomène d’expression directe. Les sons, les notes il les vit à même son faciès, propulsées jusque dans les mouvances de son corps. Dans ce même domaine d’un jeu « physique », Philippe Garcia lui aussi, spectaculaire dans son mouvement perpétuel, s’engage à fond. De quoi produire une musique compacte, dense, chargée d’une électricité très nature. La part d’improvisations partagées y ajoute un tour de couleurs changeantes Celles d’un Folk Song plutôt pastel, imprimées sur une ligne souple, en délié se veut dédiées à la voix de Ricky Lee Jones. Moment cool au travers de lignes d’échanges guitare/basse. Fred Escoffier, visage lui impassible, accentue cette coloration ainsi tempérée via un gros travail de sur-lignage à base de notes passées au filtre du vocoder. Le thème se clôt en un rebond final sur rythme naturellement très folk music.

Le travail du groupe se plaît décidément à insister sur le côté contrasté. Aussitôt évacuée la veine cool, Fight or Flight – qui se veut contenir un message question philosophie de l’existence selon les dire du guitariste « Faut choisir comment l’on se comporte dans la vie…rester droit ou plier » – sonne dur, raide. Le phrasé acide, incisif de Pierre Durand porte les stigmates d’une guitare de combat. Le dialogue prolongé du piano soudain très électrique avec les coups violents assénés, répétés sur la batterie creuse profond dans ce filon de paroxysme sonore. Impression d’écoute au passage: un plus de présence des claviers dans la sonorité générale, et voilà le propos musical ainsi dynamisé. Et puis l’on tourne la page, une fois encore. Une vie, titre explicite lui aussi vise à flatter les atours d’une belle mélodie. Jérome Regard, dans ce contexte, tisse un solo de basse inspiré. En prolongement très nature vient un moment où l’échange, l’interplay crée dans le contenu musical une notion d’espaces élargis. La guitare en échappée solo se fait plus aérienne apportant une touche de lyrisme digne des solistes des groupes pops californiens des années 70/80 (Jerry Garcia, John Cipollina, Harvey Mandel, Jorma Kaukonen…) Et pour finir retour à un climat bien moins tempéré avec un solo de batterie tonitruant en point d’orgue.

Concert de contrastes au pied des Pyrénées, définitivement.

Robert Latxague