Philippe Baden Powell au Sunside : songe d’une nuit d’été en Amazonie
Philippe Baden Powell (© X/DR)
Samedi soir, au Sunside avec le pianiste Philippe Baden Powell et ses musiciens, le temps semblait suspendu.
Ce fut un voyage aussi raffiné que dépaysant : Philippe Baden Powell proposait un concert tout en retenue, en nuances, presque en confidence. Une traversée des grands thèmes de la bossa, abordés avec délicatesse, loin de toute démonstration. Ici, chaque note respirait. D’Antonio Carlos Jobim à Astor Piazzolla, en passant par Jerome Kern, il revisita avec une finesse inouïe tous les standards.
Pianiste, chanteur, compositeur, il s’est construit entre l’Europe et le Brésil, nourri de musique classique autant que de musiques populaires. Chez lui, la bossa n’est pas un style : c’est une langue.
Son jeu privilégie la respiration, les silences, les équilibres fragiles. Sa voix, douce, presque murmurée, prolonge le clavier sans jamais le surplomber. Il trace depuis plusieurs années un chemin singulier, entre fidélité aux racines et écriture personnelle, nourrie de multiples influences.

À ses côtés, Monika Shaka déployait une présence subtile, faite d’écoute et de justesse. Une voix qui ne cherche pas à s’imposer, mais à épouser la musique. Le dialogue entre les deux artistes ouvrait un espace rare. Notamment un émouvant détour par Shirley Horn, interprété quasiment à Capella par Monica Shaka sur un piano fantomatique !
Un dialogue accompagné par la délicate flûte d’Amina Mezaache et la guitare de Sidney Rodrigues.
Ce concert était un voyage. Du Brésil à l’Argentine, sans jamais forcer le trait, mais en laissant affleurer les couleurs, les rythmes, les silences. Une géographie sensible plus que démonstrative.
C’est aussi cela, le jazz aujourd’hui : une capacité à suggérer plutôt qu’à affirmer. Et à nous rappeler que l’intensité naît souvent de la douceur. Edouard Rencker