Compositeurs en devenir - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 26 Avr 2026

Compositeurs en devenir

Hier, 25 avril, au Conservatoire de Montreuil, les huit participants à la 5ème Académie de composition, dans le cadre de l’ONJ, dirigeaient leurs partitions à la tête de l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ, deux dispositifs imaginés par Frédéric Maurin lors de son brillant mandat à la tête de l’Orchestre national de jazz.

Du 17 au 25 avril, au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et au Conservatoire Pina Bausch de Montreuil, sous la direction de Frédéric Maurin (grand ensemble) et Stéphane Payen (combo), huit jeunes compositeurs·tices sélectionné·es ont proposé, travaillé et retravaillé chacun·e une composition personnelle, puis les ont fait répéter aux membres de l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ, cette semaine de travail ayant été ponctuée par quatre masterclass ouvertes à un public d’auditeurs libres (et visibles sur facebook – pensez à sauter l’amorce) données par quatre compositeurs·rices européen·nes : Marc Ducret, Sarah Chaksad , Ying Wang et Fabrizio Cassol .

Il serait prétentieux et réducteur de qualifier des œuvres encore fraîches tant dans leur écriture que dans leur interprétation et ne représentant pour chacun·e que quelques minutes de musique. On notera que l’exercice relevait de la petite ou moyenne formation (du quintette au septette si je sais encore compter) pour cinq des partitions proposées par (Louise Frago, Nathasha Vew, Vincent Le Bras,  Émilie Calmé, Cole Frieman) et du grand ensemble (Victor Maisonneuve, Gabriele Di Franco, Ulysse Loup). On y a vu de l’imagination, de l’audace, voire de la facétie sur les petits formats dans le recours au matériel instrumental et les modes de “récit”, avec un supplément de conviction sonore sur le grand format et l’occasion d’une réflexion qui dépasse le cadre de cette “news” sur ce qu’est le jazz aujourd’hui en terme de communauté esthétique, que je crains parfois, au regard des préférences que j’accorde à mes sorties nocturnes, de n’avoir déserté.

Vieux débat, vielles fractures constamment colmatées au fil de l’histoire qui paraissent aujourd’hui irréparables, notamment lorsque Marc Ducret fait valoir au début de son intervention la vanité et l’ineptie de l’étiquetage esthétique, ou quand certaines partitions renonçaient hier à tout plasticité relevant de ce que l’on appelle le swing. À moins de voir un continuum qui, de fracture en fracture, nous conduit de New Orleans Joys de Jelly Roll Morton à The Loop of Chicago de Benoît Delbecq, ou encore de T.N.T. de Fletcher Henderson à Tone Box de Fred Maurin, même si cette dernière pièce se trouve à l’intersection d’autres continuums étrangers au jazz qui sont aussi les miens.

Bref, on n’en sort pas, et peut-être devrais-je, plutôt que de m’efforcer à tirer des continuums, m’attacher à retenir les fractures qui, pour ne retenir que l’histoire du jazz, sont innombrables pour ne pas dire constantes et passionnantes.

La compétence de la critique se limitant d’ailleurs souvent à ne se saisir que ces continuums, tel qu’hier – mais ne je sais plus avec lequel de ces jeunes compositeurs·rices qui ont souvent omis de se nommer – je me suis soudain retrouvé chez Django Bates, tandis que chez tel autre – peut-être parce qu’il s’est nommé avec un fort accent italien, Gabriele Di Franco – j’ai entendu quelque chose de ce qu’il y avait de meilleur chez l’Instabile Orchestra. Mais ai-je encore seulement à l’oreille quelque chose de l’Instabile Orchestra ? Franck Bergerot