Jean Carne Celebrates The Sound Of Philadelphia au New Morning
22 avril
Rarissime sur les scènes françaises – en dehors de quelques apparitions en tant qu’invitée dans des projets jazz, elle semble ne s’être produite sous son nom qu’une seule fois, en 2024, à l’occasion d’un Paris Soul Weekender qui se tenait, en toute logique, à Nogent-sur-Marne -, Jean Carne était très attendue par le public parisien pour cette célébration de la soul de Philadelphie, à laquelle elle a largement contribué avec une série d’albums pour Philadelphia International et TSOP dans les années 1970 et 1980.
Pour l’occasion elle est accompagnée par un orchestre mêlant musiciens britanniques habitués à travailler avec elle (le bassiste Ernie McKone, qui fait office de directeur musical, le batteur Crispin Taylor, le clavier Toby Baker) et quelques Français issus de du collectif Echoes Of, l’orchestre résident du New Morning (les chanteuses Indy Eka et Mi Yoo, le guitariste Emilien Gillan, le saxophoniste Paul de Remusat). C’est sur le riff de I’m Back for More, son duo de 1980 avec le chanteur Al Johnson, que Carne rejoint la scène. Décédé depuis 2013, Johnson est remplacé par un habitué des scènes parisiennes, le chanteur Agyei Osei, qui se sort plus que bien de la mission – Carne le félicitera d’ailleurs à la fin du morceau. Sans surprise, le répertoire des deux sers plonge largement dans le répertoire des tubes de Carne, de « Valentine Love », gravé avec Michael Henderson pour Norman Connors) à « Don’t Let It Go to Your Head », mais fait aussi la part à des titres moins évidents comme l’irrésistible « Was That All It Was ».
Visiblement très heureuse d’être là, la chanteuse explique qu’elle a bien l’intention de jouer tout ce que le public a envie d’entendre, profitant des moments entre les morceaux pour demander s’il y a des requests. Il y en a, bien sûr, et elle interprète a capela quelques moments de titres aussi divers que « Infant Eyes », qu’elle avait enregistré sur l’album du même nom avec son mari Doug Carn, ou l’obscur « Super Explosion », issu de son unique album Motown. Même si elle est obligée de décliner quelques demandes faute de se souvenir des morceaux en question, l’auteur de ces lignes aura la chance d’obtenir le refrain de « Love Don’t Love Nobody ». Même si elle ironise gentiment sur les « disco freaks » qui lui demandent certaines de ses faces de l’époque, sa volonté de faire plaisir et l’enthousiasme évident qu’elle met à satisfaire ses fans contribuent à faire de ce moment un temps d’échange qui leur permet de lui témoigner toute leur affection et éloigne le show d’une prestation « oldies » purement mécanique.
Certes, à 79 ans, Jean Carne n’a plus la voix qu’elle avait il y a cinquante ans, mais, avec l’aide très pertinente de ses deux choristes, elle a suffisamment de métier pour que ses évidentes faiblesses ne soient pas rédhibitoire, d’autant qu’elle peut compter sur l’appui de son orchestre, dont elle fait l’éloge à plusieurs reprises, et d’arrangements solides qui mettent en valeur la qualité de chansons issues des plumes de Gamble & Huff, Dexter Wansel, Cynthia Biggs (à qui elle rend un hommage particulier) et des autres figures de la scène soul de Philadelphie. Et si elle quitte la scène après deux sets intenses d’une quarantaine de minutes, il n’y a pas beaucoup besoin de la rappeler pour qu’elle revienne pour une version à l’incroyable dynamisme de l’un des hymnes de la scène de Philadelphie, « Ain’t No Stoppin’ Us Now », le tube du duo McFadden & Whitehead, repris à pleine voix par une salle aux anges qui l’acclame lorsqu’elle évoque sa volonté de revenir au plus vite… Pour une première, c’est une vraie réussite, qui pourrait donner des idées à des programmateurs de goût !
Frédéric Adrian