Amaury FAYE Quartet au Blomet - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 4 Juin 2026

Amaury FAYE Quartet au Blomet

Amaury Faye Quartet

Amaury Faye p, Herlin Riley dms, Julian Lee ts Édouard Pennes b

Bal Blomet 3 juin 2026

Le Bal Blomet est plein, et en filigrane du beau mur de briques qui sert de fond d’écran au Steinway maison, on rêve à la Nouvelle-Orléans. Celle d’aujourd’hui avec usine et ponts rouillés, celle d’hier avec Vaudou et Mississippi paresseux et trompeur… C’est l’inspiration et le climat qu’Amaury Faye a ramenés d’un séjour dans cette ville du Croissant, chez Liberty charmante vieille dame qui accueille sa famille. Il en a profité pour inviter en France deux natifs, magnifiques représentants de cette vibrante tradition, Julian Lee – lignes longues et pleines au saxophone ténor – et Herlin Riley dont les frappes portent tout le souvenir de cette tradition immémoriale.

Tout commence avec the Barge blues: ce boogie-woogie brillant et enjoué reprend dans une clarté transparente le soubassement rythmique qui le porte. On garde la carrure du blues, à peine si les harmonies glissent vers quelques décalages plus modernes… Avec un long passage à la seule main droite qui souligne l‘imagination, le sens du swing, et le délié du pianiste. Le dessin est sans retouche et sans accroc, l’articulation impeccable, ce qui se vérifie quand il prend tout un morceau en solo: stride à l’ancienne qui évoque James P. Johnson, mais en fait la référence est bien Jolly Roll Morton – n’oublions pas que nous sommes à New Orleans! Le jonglage des deux mains, complices mais très séparées alimente le swing et on jublie devant cette leçon d’histoire comme devant un tableau ancien qui brille d’une restauration réussie.

L’autre point d’attraction du concert était bien entendu la batterie. On entend Herlin Riley jouer les thèmes et parcourir les dessins mélodiques à côté du piano et presque à l’unisson. Comme le faisait parfois Ed Blackwell, autre batteur de la Nouvelle-Orléans… Mais mille sonorités nous entrainent, du frottement sensuel sur la peau de la caisse claire aux vifs éclats sur les cerclages des toms. On entend toutes ses couleurs, on les voit presque quand on suit son bras et sa ronde circulaire pour frapper la cymbale, ou son aller-retour tout droit dont le mouvement est rythmé comme son impact! Toute une géométrie dans l’espace, toute une chorégraphie jubilatoire!

Yvan Amar