Naissance d’un trio rue Paul Fort
Hier, 9 juillet, le pianiste Phillip Golub, et contrebassiste Roger Kintopf et le batteur Samuel Ber portaits sur les fonds baptismaux un nouveau trio.
Né à Los Angeles, le pianiste Phillip Golub vit à Brooklyn. Le contrebassiste Roger Kintopf est une jeune figure de la vivifiante scène de Cologne. D’abord remarqué en devenant le batteur de Kartet, Samuel Ber est devenu en l’une des figures majeurs de la “franco-belge connection”. Jeunes trentenaires ou, comme Kintopf, à deux ans de l’être, tous trois, ont échangé des partitions de part et d’autre de l’Atlantique et se sont retrouvés hier pour une après-midi de répétition. Et les voici devant nous, au premier sous-sol de la maison du 19 rue Paul Fort, Paris 14ème.
Partitions sur les pupitres, ils entrent d’emblée dans un tempo qui nous file entre les doigts, sans cesse travesti, fuyant d’un instrument à l’autre ainsi que les bribes d’un corpus mélodique s’effilochant en dispersant ses lambeaux du début à la fin, et concluant avec un ensemble d’intention comme si, au cours de ces cinq ou six premières minutes, ils n’avaient cessé de lire la musique qui pourtant ne tient que sur deux pages et qui, pour la plupart des morceaux se suffit d’une seule feuille volante. Et pourtant que d’évènements au fil de chaque pièce de leur répertoire, mais chacune traversée d’une captivante continuité, qu’il y ait ou non tempo perceptible.
On aime retrouver quelque chose de Paul Bley chez Golub traversé d’impatiences à la Cecil Taylor qu’il tient en bride par des conceptions relevant du minimalisme. Virtuose du pizz à l’archet, Rogert Kintopf et d’une ardeur réjouissante dans cette manière de tantôt fuir la partition, pour y revenir là où elle semble avoir été désertée par ses comparses ou au contraire les rejoindre dans de quasi et fugaces unissons. Vu de la salle, son instrument disposé, non face au public, mais tourné vers piano et contrebasse, Samuel Ber donne une impression de chef d’orchestre : la tenue d’une baguette influe peut-être là sur notre imaginaire de spectateur, mais il y quelque chose d’impérieux dans ses gestes, dans sa façon de distribuer le rythme, d’en feindre tempos et signatures rythmiques, de nimber, moucheter ou froisser les rubatos du trio.
Ce dernier nous a fait oublier qu’il vient de naître sous nos yeux et l’on imagine encore le potentiel de développement qu’il ne manquera pas d’exercer au fil des trois concerts qui lui restent avant de se séparer : demain soir 11 juillet à Eindhoven, le 12 à Amsterdam et le 13 à Cologne.
Se produiront-ils aux USA ? Je leur souhaite. Les reverra-t-on en France ? Je nous le souhaite. Il dut y avoir bien du monde au 19 rue Paul Fort le 3 juin pour assister à la renaissance du trio Jeanneau-Texier-Humair, et j’aurais aimé y être, tout comme j’aurais voulu assister au concert donné au même endroit le 23 juin par Louis Sclavis avec Bruno Ducret et… Samuel Ber. Hier, on ne se bousculait pas, mais Hélène Aziza était là pour les accueillir avec cette même conviction de servir la création. Franck Bergerot
NB : Phillip Golub se produira le 16 juillet dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence au Conservatoire Darius Milhaud au sein du Sarafand Ensemble de la violoniste et compositrice libanaise Layale Charker.