Keyon Harrold salue Miles Davis au New Morning
19 octobre
Musicien tout terrain – son CV comprend entre autres des collaborations avec P.J. Morton, D’Angelo, Charles Tolliver, Beyoncé, David Sanborn, Maxwell, Gregory Porter, Robert Glasper… -, le chanteur et trompettiste Keyon Harrold n’est pas le moins légitime pour saluer la mémoire de Miles Davis en cette saison d’hommages plus ou moins pertinents : outre l’évidente influence de son aîné sur son jeu et sa musique, il a doublé à la trompette l’acteur Don Cheadle dans le biopic de 2015 Miles Ahead. Accompagné d’un quartet de pointures avec lesquelles il joue régulièrement (Chad Selph aux claviers, Daniel Winshall à la basse, Charles Haynes à la batterie et Nir Felder à la guitare), Harrold ne se contente pas, au contraire de certains de ses collègues, d’enchaîner les standards et les tubes, mais propose un programme ambitieux, qu’il a joué notamment il y a quelques mois dans une des salles de Carnegie Hall, mêlant les thèmes associés à Miles Davis et ses propres compositions. C’est ainsi que Round Midnight Blue In Green ou Miles Ahead croisent la route de Well Walk Now (Perseverance), un des titres phares du dernier album personnel de Harrold, « Foreverland » ou de sa composition Melancholy Aura au cours des deux longs medleys d’une vingtaine de minutes qui forment le premier set. Si l’ensemble s’écoute facilement, difficile de se départir d’un certain sentiment de facilité en entendant ces virtuoses – tant Selph que Felder bénéficient de longs espaces en soliste – jouer (avec) ces mélodies un peu trop évidentes.
Le second set, plus centré sur le répertoire propre de Harrold même s’il ne s’interdit pas quelques citations bien intégrées, est bien plus convaincant. Alors qu’il s’était contenté de jouer dans le premier set, Harrold fait cette fois-ci appel à ses grandes qualités vocales pour deux de ses chansons les plus réussies, la très inspirée Her Beauty Through My Eyes (tirée de « The Mugician ») et l’engagée Find Your Peace précédée d’un petit discours la rattachant à l’actualité sociale, et l’ensemble est plus cohérent, confirmant, au-delà des effets de mode, la place éminente du trompettiste au sein de l’élite des acteurs de la scène jazz d’aujourd’hui.
Frédéric Adrian