Jocelyn Mienniel ‘Nightfall’ : naissance d’un quartette au Sunside - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 24 Oct 2026 • Par Xavier Prévost

Jocelyn Mienniel ‘Nightfall’ : naissance d’un quartette au Sunside

Premier concert d’une série de trois concoctée par Juliette Poitrenaud de l’agence Nardis. Chaque mois elle conçoit un cycle autour d’un artiste (ou autre sujet) pour en évoquer, sous le titre Timeline, le présent, le passé et le futur. Cette fois il s’agit de célébrer à Paris les 40 ans de Label Bleu, événement fêté en mars dernier à la Maison de la Culture d’Amiens, en direct sur France Musique

Première étape ce soir là au Sunside avec le quartette de Jocelyn Mienniel: c’est le futur, avec le tout premier concert d’un groupe qui vient d’enregistrer un disque à paraître fin janvier chez Label Bleu. Le lendemain au Studio Raspail, la nouvelle annexe du Sunset-Sunside, Bojan Z reviendra 25 ans après sur le répertoire de son disque ‘Solobsession’, en compagnie d’un artiste-phare du label, Henri Texier. Et le jour d’après ce sera un retour au Sunside pour le présent du label, avec le quartette de Daniel Zimmermann et son disque ‘Snapshots’, publié voici tout juste un an

photo Maxim François

JOCELYN MIENNIEL ‘Nightfall’

Jocelyn Mienniel (flûte, effets), Roberto Negro (piano), Louise Knobil (contrebasse, voix), Edward Perraud (batterie)

Paris, Sunside, 22 octobre 2026, 21h30

J’ai oublié de demander au flûtiste-leader la raison de ce choix pour le nom du groupe (et du disque à venir ?). J’entends dans cet intitulé le caractère crépusculaire d’un retour sur les thèmes qui ont marqué sa vie d’auditeur jazzophile . Mais je me fourvoie peut-être. Sur ces standards (du jazz, des musiques populaires….), le jazz pratiqué par le groupe a fait son grand œuvre, en réalisant la métamorphose permanente, le dynamitage complice et amoureux. Comme entrée en matière, c’est la musique de Miles, période Ascenseur pour l’échafaud (décembre 1957). Sur ce canevas lancinant la flûte s’aventure loin, entre modes de jeu hétérodoxes et pertinence des effets. Et le groupe porte au plus haut point l’interaction : c’est intensément collectif ! Edward Perraud est sur un petit nuage

photo Maxim François

Puis c’est Miles à nouveau, avec Gil Evans (1963), pour The Time of the Barracudas : nouvel envol…. Escale en douceur ensuite du côté de Born to be blue : magnifique ballade aux inflexions bluesy : on frissonne. Vient alors Come Rain or Come Shine , dynamité ! Mon souvenir de prime adolescence pour ce thème, c’est la version de Ray Charles, version plus que lente. Ici c’est comme une samba débridée, tempo d’enfer

photo Maxim François

Roberto Negro se concentre sur le cœur de la musique. Le thème suivant est une samba, mélancolique, Samba E Amor (Chico Buarque). Et le premier set va se conclure près de Miles, avec Prince of Darkness (de Wayne Shorter, avec Miles, 1967).

Après la pause, reprise avec un thème d’Eric Dolphy, Gazzeloni . Traitement libre, explosif : les mânes de Dolphy, et du grand flûtiste italien (Severino Gazzeloni, 1919-1992) qui lui a donné le titre et l’inspiration, ont dû rugir de bonheur

photo Maxim François

Pour The Good Life Louise Knobil, qui est aussi une chanteuse (et de surcroît pour son propre groupe une autrice de très bons textes) nous a donné la version anglaise, signée Jack Reardon, et immortalisée par Tony Bennett, de cette chanson de Sacha Distel. Retour à Miles Davis avec Nardis , clin d’œil au nom de l’agence de Juliette Poitrenaud : grande liberté de traitement, toujours. Un détour par Michel Legrand, avec un thème assez peu connu de la bande originale de L’Affaire Thomas Crown : His Eyes, Her Eyes . Voix parlée du flûtiste, voix chantée de la contrebassiste. J’avoue que je ne connaissais pas cette chanson. Puis c’est une version totalement renouvelée de Nuages de Django, vers des chemins transversaux, avant un ultime retour à Miles : Circle in the Round , en apothéose. Public aux anges (des amateurs, attentifs, et beaucoup de ‘professionnels de la profession’) et rappel chaleureux pour un thème de Morricone extrait du Clan des Siciliens . En coda Jocelyn Mienniel pose sa flûte et termine…. en sifflant. Quand la musique est là (et elle était là ! ), elle dépasse l’horizon des instruments, de la maîtrise, de la science des langages : formidable concert, par la densité musicale, l’interaction, la qualité et l’engagement des solistes. Bonheur absolu. On guette la sortie du disque fin janvier. Bravo les artistes, et le vieil amateur toujours plumitif chroniquant vous MERCI !

Xavier Prévost

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Un large extrait de ce concert sera diffusé sur France Musique dans l’émission ‘Jazz Club’ le samedi 7 novembre à 19h

photo Maxim François