Galliano au New Morning - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 30 Oct 2026

Galliano au New Morning

24 octobre

Parfois, la nostalgie est bonne conseillère… Groupe phare de la scène acid jazz des années 1990 – à la fois le premier à enregistrer, dès 1987, pour le label Acid Jazz proprement dit et le premier à signer avec Talkin’ Loud quelques années plus tard -, Galliano s’était séparé dès 1997 avant de se retrouver, sur scène puis sur disque, à partie de 2023. C’est peut-être cette longue pause, pendant laquelle les différents membres ont chacun suivi leur propre parcours, qui explique l’impression de vitalité qui se dégage de la version actuelle du groupe, à l’inverse de certains de leurs concurrents de l’époque qui semblent réciter sans grande passion leurs vieux tubes. La version actuelle du groupe comprend essentiellement des membres historiques (les voix de Rob Gallagher et Valérie Étienne, la paire rythmique formée par Ernie McKone et Crispin Taylor, Ski Oakenfull aux claviers, David Gallagher aux percussions), complétés à la guitare par James Shepard.

Comme un défi au temps passé, c’est avec deux titres extraits de leur plus récent album, « Acid Jazz Revenge », Boogie For Brains et Unreliable Memories Of Contested Conversations, que le groupe ouvre la soirée. Si ceux-ci s’inscrivent dans la continuité du son classique du groupe, ce sont évidemment les tubes – relatifs, le groupe n’ayant étrangement jamais vraiment agité sévèrement les hit-parades – qu’attend le public, et, de Prince of Peace à Jus’ Reach, il ne sera pas déçu. Même si Rob Gallagher n’hésite pas à ironiser sur les effets de l’âge – tant sur lui que sur les spectateurs ! -, la musique, pourtant si caractéristique de son époque, ne semble pas avoir vieillie, d’autant que le groupe semble les interpréter avec l’enthousiasme des premiers jours, n’hésitant pas à s’éloigner du best of prévisible pour aller exhumer quelques perles comme Earth Boots, tiré de « A Joyful Noise Unto The Creator » ou Little Ghetto Boy, du premier album, avec ses références transparentes à Donny Hathaway. Si Rob Gallagher assure le rôle de porte-parole du groupe, il partage le chant principal avec une Valérie Etienne toujours aussi inspirée et dont l’absence de carrière personnelle – un seul album sous son nom en 1999 – laisse pantois. Le reste du groupe convoque sans aucune difficulté le son original d’époque, sans sombrer dans la caricature ou la reconstitution muséale.

Aux classiques du groupe s’ajoutent quelques références à ses influences, sous forme de reprise ou de citations, à l’image d’un très beau The Creator Has a Master Plan dédié à la mémoire de Pharoah Sanders ou de quelques phrases du Jin-Go-Ba de Babatunde Olatundi glissées à la fin de Jazz. Et le public ne se faire pas prier pour donner de la voix, en rappel, quand le Pleasure, Joy & Happiness emprunté à Eddie Chacon se transforme en hommage à Frankie Beverly et à Maze avec Joy & Pain ! La soirée, qui aurait pu se résumer à une leçon d’histoire plus ou moins convaincante, s’avère être une démonstration réjouissante de la possible vitalité d’un genre qui a visiblement survécu aux années qui passent…

Frédéric Adrian