PJ Morton au Cabaret sauvage
21 octobre
Moins d’une semaine après le triomphe de Stevie Wonder à Bercy, c’était au tour de l’un de ses principaux disciples contemporains – reconnu par le grand homme, qui est apparu sur deux de ses albums et l’a invité à participer à des séances de son futur album – de se produire à Paris. Bien qu’il soit encore ignoré du grand public, le nombre de ses supporters n’a cessé de croitre au fil des années et de ses apparitions sur les scènes parisiennes : découvert au Bizz’Art, sa popularité ne lui permet plus de se produire dans la petite salle du quai de Valmy, et c’est un Cabaret Sauvage plein à craquer que l’attend un public au moins aussi enthousiaste que celui qui était venu marquer six jours plus tôt le demi-siècle de « Songs In the Key of Life ». A défaut du cadre intime du Bizz’Art, son atmosphère, encouragée par le warm-up assuré par le DJ résident du club JP Mano, a fait le déplacement, et c’est avec enthousiasme qu’ils saluent l’arrivée sur scène des musiciens, pour la plupart des habitués de l’orchestre de Morton (Ed Clark à la batterie, Zahria Sims au saxophone, Shemaiah Turner à la guitare, Brian Cockerhamà la basse et Jazmin Cumley et Jarell Bankston aux chœurs) – le batteur Ed Clark joue avec lui depuis qu’il a 12 ans ! -, rapidement suivis de leur leader, qui s’installe immédiatement à ses claviers.
Sans surprise, c’est par Mutual, une chanson de son dernier album « Saturday Night / Sunday Morning », paru juste avant l’été, que Morton commence son show – et le public en est déjà évidemment familier. Le programme cependant se contente d’effleurer ce nouveau répertoire pourtant qualitatif (Can We Try Love Again, et ses accents à la Donny Hathaway…) et plonge librement dans les différents albums, avec un accent particulier sur « Gumbo » qui date déjà de 2018. La setlist, très intelligemment construite, propose donc une promenade bien menée dans ses compositions, avec un accent sur ce qui est son point fort évident : les grandes ballades romantiques, dans lesquelles il excelle comme Say So ou First Began, accueillies par des cris de joie du public qui ne demande qu’à donner de la voix pour accompagner le chanteur. Il ne s’interdit pas non plus quelques titres plus rapides comme Sell My Soul ou Sticking To My Guns qui évitent au set d’être monocolore. La fin du concert voit l’ensemble pivoter vers une orientation gospel plus marquée – le père de PJ Morton est le Bishop Paul S. Morton, figure marquante de la communité religieuse et, avec sa chorale, de la scène gospel de la Nouvelle Orléans – avec des titres comme Better Benediction et un final enlevé sur l’irrésistible Everything’s Gonna Be Alright, précédé d’un petit discours évoquant les troubles sociaux en cours et sur lequel la salle toute entière semble se transformer en congrégation.
Si Morton quitte la scène à l’issue du morceau, le public n’est pas d’accord et continue à chanter le refrain jusqu’à son retour, ne lui laissant pas vraiment d’autre choix que de reprendre la chanson. Difficile de redescendre après un tel moment, et Morton choisit de le prolonger avec une reprise – la seule de la soirée –, celle du How Deep Is Your Love ? des Bee Gees. Morton a à peine besoin de chanter, tant le public a envie de donner de la voix, au point qu’il fera brièvement taire son orchestre pour offrir un moment a capella à la chorale qu’est devenue le public. Le concert a été court – une heure trente, rappel compris -, mais intense, et c’est sur un petit nuage, partagé avec la plupart des gens que je croise, que je quitte les lieux après cette soirée qui sert de rappel de la puissance de la musique vécue en direct.
Frédéric Adrian