Jazz live
Publié le 17 Juil 2022

Jazz à Luz 2022 : 1/4

Pour sa 31e édition, Jazz à Luz fait un focus sur la scène d’improvisation barcelonaise, et accentue la présence féminine. Point sur la journée d’ouverture.

Luz-Saint-Sauveur (65), Jazz à Luz, Mercredi 13 juillet 2022, 18h30, Village de vacances Cévéo

¡Ay, Chavela!

Maël Goldwaser (g), Christián Saucedo (vx), Isabel Rivera (danse)

Après un défilé dans les rues de Luz-Saint-Sauveur par trois circassienne de la compagnie Métal Clown auquel votre chroniqueur n’a pas pu assisté suite aux aléas horaires des transports en commun en période de canicule, le festival a ouvert ses portes par un hommage à la chanteuse mexicaine Chavela Vargas. N’ayant hélas aucune culture en ce domaine, je suis passé un peu à côté d’une partie du concert. Sans doute parce que je ne parle ni ne comprend l’espagnol, l’expressivité physique du chanteur Christián Saucedo m’apparaissant, sans doute à tort, excessive. J’ai donc fini par fermer les yeux pour me concentrer sur les seuls sons. J’ai alors très apprécié le guitariste de flamenco Maël Goldwaser, au jeu de timbres variés, aux nuances subtils et aux harmonies tantôt très simples et essentielles, tantôt très raffinées. Il me fallut cependant soulever les paupières pour bénéficier des interventions dansées d’Isabel Rivera, de Barcelone comme Christián Saucedo. Revenu tout récemment d’un voyage à Séville où j’ai eu la chance d’assister à une représentation de flamenco, celle-ci m’apparut un peu moins précise, au plan rythmique, que les danseurs et danseuses vus sur la terre de naissance (mythique) du flamenco. Cependant, ses intentions ne se plaçaient pas sur ce plan puisqu’à des mouvements de flamenco s’en mêlaient d’autres plus proches de l’expression corporelle. Quelles que soient les vertus du spectacle que je finis par apprécier, je m’étonnais cependant du choix d’inaugurer le festival par ce que les musiciens baroques nommaient un « tombeau » lorsqu’ils voulaient rendre hommage à un disparu. Cela annonçait-il le ton des solennités ?

 

 

Luz-Saint-Sauveur (65), Jazz à Luz, Mercredi 13 juillet 2022, 21h30, Chapiteau

Jordina Millà (p), Núria Andorrà (perc), Sónia Sánchez (danse)

Comme on le sait, la musique instrumentale n’exprime rien d’autre qu’elle-même. Point de sens précis attaché à une expression musicale, d’autant plus si elle est improvisée. D’une certaine manière, on peut dire qu’en réalité de la signification vient se greffer à la musique, d’autant plus si, comme c’est le cas ici, la prestation musicale se voit combinée à une autre forme d’art. Or, la danseuse Sónia Sánchez, dont le programme de concert précise qu’elle se partage entre la danse flamenco et le buto japonais (expression contemporaine à l’opposé de la tradition du théâtre No), joua, pour ce qui me concerne, ce rôle. Ses attitudes corporelles, ses déplacements, l’expression de son faciès me renvoyèrent à des sentiments comme la souffrance et la douleur – sans doute à son corps défendant d’ailleurs –, sentiments que, de ce fait, je plaquais sur la musique, d’abord toutes d’éclats et de rugissements. Cependant, lorsque Jordina Millà cessa de jouer dans les cordes ou avec des objets pour pratiquer le clavier, la musique prit alors une autre tournure, la musicienne, dont la cinétique provient pour partie de la musique contemporaine, nuançant grandement le propos tout en établissant un flux continu auquel les deux autres performeuses adhèrent. Moment d’une grande cohérence, il correspondit à un pic de ravissement des auditeurs.

 

 

Luz-Saint-Sauveur (65), Jazz à Luz, Mercredi 13 juillet 2022, 23h30, Chapiteau

Akpé Jô Mimi

Lionel Garcin, Damien Sabatier (sax), Calliste Houannou, Elie Tocbenon (tp), Patrick Charbonnier, Christophe Takpa (tb), Edmond Tossou (tu), Etienne Roche (cb), Cyprien Assinou, Jules Cnanmassou, Simon Yambode (perc), Lionel Marchetti (diff. Sonore, comp. musique concrète)

Akpé Jô Mimi, c’est la rencontre de la fanfare, des percussions africaines et de la musique concrète. La réussite de cette formation franco-béninoise repose précisément sur un équilibre idoine trouvé entre ces expressions qu’on pensait a priori, et à tort, peu compatibles. Moi-même ancien trompettiste de la Fanfare d’Eddy Louiss, ce grand ensemble me rappela cette fanfare moins par la musique – quoique des effluves de la Nouvelle-Orléans percèrent à quelques moments – que par la joie et le plaisir de faire une musique festive et investie. À une forme de choral à l’harmonisation étrange succédait parfois un paysage sonore capté sans doute au Bénin que l’orchestre finissait par compléter par touches improvisées très réussies. Plus tard, les vents recourraient à de l’aléatoire contrôlé sur une rythmique africaine assurée par les percussions, avant que la musique ne passe à de l’afrobeat digne de Fela Kuti. De manière apparemment irrépressible, les gens se mirent alors à danser. Type de programmation habituellement réservée à la sortie de festival, il fallait sans doute y voir là un vaccin à l’esprit de tombeau dominant les concerts précédents. Le festival reposera-t-il tout en entier sur cette dialectique ?

Ludovic Florin