jazz is back salle Cortot - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 11 Mai 2026

jazz is back salle Cortot

Deux soirées magiques Salle Cortot pour y fêter le nouveau département de jazz.

David Linx (chant), Hermon Mehari (tp), Leonardo Montana (p), Emile Parisien (sop), Yaron Herman (p), Gautier Garrigue (dms), Nelson Veras (g), le 29 avril 2026, salle Cortot, Paris.

Et donc, le Jazz revient salle Cortot, surnom familier de la très respectable Ecole Normale de musique de Paris. Ce n’est pas une révolution, mais un retour aux sources. Il y a des lunes et des lustres, Django Reinhardt et Stéphane Grappelli avaient improvisé en ces lieux que l’on voit généralement comme un sanctuaire de la musique classique, avec cette salle aux proportions uniques, réalisée par Auguste Perret en 1926, et qui donne au spectateur l’impression d’être dans un violon.

Et donc le jazz revient. Avec deux concerts exceptionnels pour fêter la création d’un département de jazz aux allures de all-star : Yaron Herman, Bojan Z, Emile Parisien, Claudia Solal, Gautier Garrigue… Et l’on retrouve tous ces musiciens exceptionnels pour les deux soirées. Nous étions là pour la deuxième. Elle commence avec David Linx, accompagné par Leonardo Montana au piano, et Hermon Mehari à la trompette. David Linx chante quelques morceaux de son dernier album, le très beau Real men cry. Voix de tête déliée, scat aimanté par l’Afrique, inflexions soul… Avec lui il n’y a pas de round d’observation, le public est immédiatement dans sa poche. Avec sa gestuelle de grand albatros il chante Stayin’ right, Brooklyn, Chorinho… Et l’on se dit qu’ils sont rares les chanteurs de jazz, à produire album après album, des compositions qui scandent le parcours d’une vie. Hermon Mehari l’accompagne de manière souple, libre, inspirée.

Le deuxième concert du soir, c’est le duo-improvisé-entre Yaron Herman et Emile Parisien. Un régal ! Emile Parisien, chaman-musicien, entre immédiatement en transe. Il est certain qu’il est capable de léviter. Dans son saxophone soprano, il a le souffle d’un Sidney Bechet qui aurait traîné ses guêtres dans toutes les médinas d’Afrique du nord. Il semble joué par l’instrument. Mais le duo avec Yaron Herman permet d’entendre d’autres couleurs de sa palette, plus anguleuses, ou plus binaires. Où il se montre tout aussi à l’aise. Yaron Herman lui donne la réplique, maniant délicatesse et intensité.

Le troisième concert de la soirée est un groupe formé pour l’occasion par le batteur et compositeur Gautier Garrigue que l’on a entendu notamment avec Henry Texier dans An indian’s life, mais surtout aux commandes d’un magnifique album, la traversée, qui avait frappé par la dimension narrative des compositions. On retrouve ici cette dimension narrative. Il s’agit d’une vaste fresque sur le cosmos. Comme dans la traversée, Gautier Garrigue montre une capacité rare à poser des atmosphères, à les suspendre, à alterner les moments de nudité et de plénitude, bref un sens des dynamiques qui fait mouche.

Nelson Veras l’accompagne admirablement, injectant un sens du vagabondage poétique qui lui est propre. La musique n’est pas seulement rêveuse.

Elle a aussi ses moments de puissance et d’envol, où le saxophoniste américain Ben Van Gelder se montre souverain. Une vraie réussite que cette musique lancée à la poursuite des étoiles.

Texte JF Mondot

Dessins AC Alvoet (autres dessins , peintures, sur www.annie-claire.com)