John Scofield et Jon Cleary musardent dans le bleu

16 Nov 2019 #Le Jazz Live

 

John Scofield et Jon Cleary ont choisi la formule du tête-à-tête pour rendre hommage aux musiques de la Nouvelle Orléans.

John Scofield (guitare), Jon Cleary (piano, voix), New Morning, 6 novembre 2019

Rendre hommage aux musiques de la Nouvelle orléans, vaste programme, signifie bien sûr arpenter les territoires du bleu, de l’aigue-marine à l’indigo. John Scofield et Jon Cleary ont donc musardé dans le bleu, passant « du blues ras de terre au funk poisseux » comme le dit très bien sur Soul Bag Nicolas Teurnier à propos d’un concert du duo donné en 2015. Le blues, donc, mais aussi le rythm’n blues, le gospel, et même l’enfance du rock (Roll over Beethoven) sans oublier le jazz avec quelques standards pur jus Stardust, ou Until the real things come along. Partout ils se sont montrés à l’aise: car il n’y a pas de frontière dans le bleu.

 

 

Jon Cleary, le moins connu des deux, Britannique natif du Kent, a décidé de planter sa tente sur la cité du Croissant et n’est jamais revenu sur cette décision fondatrice. Il a une voix souple, chaleureuse, pas forcément soul mais en tous cas soulful, et une joie de jouer qui émane de tout son corps (battements de pieds énormes à la Thelonious, posture souvent de trois quarts vers le public quand il chante). Son jeu de piano joyeux et exubérant fait entendre des injections de stride ou de swing.

 

Quant à son accolyte, le grand John Scofield, pour lequel s’était déplacé l’essentiel du public (comportant une proportion assez notable de gratteux scrutant avec avidité les plans du maître) il affiche une forme resplendissante, droit comme un I, dédaigneux du tabouret installé près de son micro, avec cette manière d’accompagner certaines de ses notes par des mimiques de la bouche comme s’il articulait un mot saturé de consonnes. On retrouve avec déléctation son style éclectique, nourri de tant de musiques, ses phrases acérées conclues par des bends comme des éclats de diamant, cette manière de jouer avec le tempo comme un chat avec une souris, et cet art de colorer le blues, avec un discours plus ou moins abstrait selon les passages (comme s’il jouait, au fond, de la même manière, avec l’élasticité du tempo, comme avec celui de la complexité harmonique). On retrouve également le naturel avec lequel il utilise les effets, comme cette pédale wah-wah qui souligne la dimension vocale de son jeu.

Entre Jon et John, l’alchimie est parfaite, la complexité harmonique de Sco complétant formidablement bien le côté soulful de Cleary. Parmi les superbes moments du concerts, je note l’improvisation inspirée et méditative de Scofield sur le gospel walk with me, et son solo sur Stardust, qu’il énonce seul, en paraphrasant le thème de manière extraordinaire, comme s’il l’observait depuis le sommet d’une montagne, comme s’il voulait jouer non pas Stardust mais le parfum de Stardust. Extraordinaire soirée, exhalant un mélange très particulier d’énergie et d’euphorie. Avec en suspension dans l’air, de minuscules mais irréfutables paillettes bleues.

texte: JF Mondot
Dessins: AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com et sur instagram)

Brève de jazz

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