Le grand Schwab est vraiment grand!

17 Nov 2021 #

 

 

Après plusieurs reports, c’était enfin la première du grand orchestre de Raphaël Schwab, le Grand Schwab, 15 novembre 2021, Studio de l’Ermitage

Le grand Schwab : Raphaël Schwab (contrebasse et compositions), Marc Benham (piano) Ariel Tessier (batterie), Paul Jarret (guitare électrique) Balthazar Bodin (trombone), Fabien Debellefontaine (trombone basse, tuba), Florent Dupuit (sax alto et flûte), Julien Soro (sax alto), Illyes Ferfera (sax tenor), Guillaume Christophel (sax tenor)

J’ai eu le plaisir de chroniquer les deux premiers disques du duo Schwab/Soro, où toutes les compositions sont de la plume du contrebassiste. Certaines avaient une telle évidence mélodique qu’elles donnaient envie de les chantonner. Je retrouve cela dans le concert de ce soir, le goût des mélodies tendres, et des beaux unissons de cuivre, comme ces notes angéliques qui terminent en beauté Mouvement Perpétuel. Mais Raphaël Schwab, méfiant de trop de joliesse, a ajouté quelques notes de piment à ces suavités. Souvent c’est par l’intermédiaire de la guitare de Paul Jarret, qui avec ses distorsions électriques, vient griffer le miel doré des consonances. Parfois, c’est Ariel Tessier qui joue le fauteur de troubles et ébrèche les délicats mikado sonores, comme dans le premier morceau du concert, Frémissement, composé à partir d’un petit riff de contrebasse qui évolue, circule, grandit peu à peu. Cet art de faire une avalanche avec une boule de neige, que suppose l’écriture pour un big band, Raphaël Schwab le maîtrise superbement.

Je n’aime pas (sauf exceptions) les big band qui se transforment en petits laboratoires bruitistes. Ce n’est pas le cas ici. L’énergie, le mordant, l’envie de jouer sont palpables. Ce qui donne un mélange assez idéal entre les mélodies tendres, les explorations formelles (comme dans Ballade sans hauteur de notes, où les musiciens ont des contraintes rythmiques et de structure, mais jouent les notes qu’ils veulent, ce qui fait du morceau une sorte de miroir de fête foraine, aux silhouettes déformées) et l’intensité (comme dans le magnifique et bien nommé Il y a urgence, avec cette incroyable explosion vitale d’Ariel Tessier à la batterie, qui vient ajouter des coulées de lave aux brûlantes notes tenues des soufflants).

Plus le concert avance, et plus l’orchestre monte en intensité. Avec la bien nommée Jolie valse joyeuse, le concert finit en apothéose: tout est là, mélodie, tendresse, énergie, magnifique solo de ténor d’Illyes Ferfera, les têtes tournent, les cœurs chavirent, les pieds s’agitent. Le sommet du concert.

Mais il reste encore un morceau. Il s’appelle le refrain, il est dans la même veine euphorique, avec cette mélodie imparable qui s’imprime dans le cortex, ses délicates écorchures à la guitare. Des plumes à la fois festives et inventives, il n’y en a pas beaucoup. Raphaël Schwab réunit superbement ces deux qualités. Vraiment grand.

Post-scriptum : je manque de temps pour en parler, car je dois rentrer du foin avant l’hiver, tondre mes moutons, et ranger ma chambre. Mais avant le grand Schwab, il y avait Schwab en taille normale, associé à son complice Julien Soro, qui rencontrait un autre formidable duo, celui de Quentin Ghomari et Marc Benham. Tous ces musiciens font partie du créatif collectif  Pegazz et l’Helicon. Franck Bergerot a publié une chronique de ce concert à laquelle je renvoie. Mon sentiment rejoint le sien, c’était formidable car il y avait là, plus que la rencontre entre deux duos, déjà la promesse d’un quartet : notamment à cause des  convergences sonores entre Julien Soro et Quentin Ghomari (par exemple quand ce dernier pose une sourdine sur sa trompette). Ces deux musiciens ont tous les deux une capacité à swinguer comme des fous, mais pas de la même façon, dès qu’ils le veulent: cette complémentarité est donc stylistique et pas seulement sonore augure de beaux lendemains. Il y a aussi de formidables compositions (je retiens surtout Muchacho, de Soro, et Gonamia tarentula (Marc Benham-Quentin Ghomari) qui justement sont de bons tremplins pour faire swinguer ces deux fabuleux saxophoniste et trompettiste).

Texte JF Mondot

Dessins : AC Alvoët (autres dessins, gravures, peintures, à consulter sur son site www.annie-claire.com)

 

 

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