Libre conversation entre Emmanuel Bex et Géraldine Laurent

09 Apr 2022 #

Dans le cadre feutré et chaleureux de l’Ecuje, le duo Géraldine Laurent-Emmanuel Bex a tenu ses promesses, atteignant des sommets de liberté joyeuse.

Géraldine Laurent (sax alto), Emmanuel Bex (orgue), à l’Ecuje, 119 avenue la Fayette, 75010 Paris, 31 mars 2022

 

Entre Géraldine Laurent et Emmanuel Bex, un duo rare car il repose sur une grande complicité musicale et une amitié choisie : Une folle et joyeuse liberté en découle.

Les deux musiciens se devinent à demi-notes, capables de compléter la phrase de l’autre, et même d’y répondre avant qu’elle n’ait été prononcée. Ils ont une conversation « à sauts et à gambades », ainsi qu’un troubadour occitan du XVIe siècle définissait le style.  Ils s’envoient des rébus, ou des charades. Ils se font la courte-échelle pour mieux avoir l’esprit d’escalier.

Des deux amis, c’est sans doute Emmanuel Bex le plus imprévisible. Quinze idées à la minute. Quand quelque chose donne le sentiment de s’installer, poubelle.  Géraldine Laurent, moins versatile, trace son sillon. Elle enregistre les changements de cap de son partenaire, les évalue (hop, une micro-secondes), en retient ce qu’elle en veut (hop, 0,5 micro-secondes), libre de renvoyer la balle ou de ne pas la renvoyer, ou de la faire rebondir tout en y  intégrant l’idée musicale qu’elle était en train de distiller.  

Dans ce contexte de complicité amicale et musicale, La saxophoniste montre une facette plus sentimentale d’elle-même. Au programme, d’immarcessibles ballades : a child is born, The man I love, If a were a bell, aint misbehavin’, In a sentimental mood…  A Child is born, le deuxième morceau du concert, donne le ton de la soirée. Inoubliable moment de grâce. Mélodie caressée au saxophone, graves somptueusement dorés, tendresse du thème écaillée de toute mièvrerie.

Géraldine Laurent tourne autour de la mélodie, lui invente des petites aspérités, des écorchures, s’évade de la grille, y revient, Emmanuel Bex trouve un accompagnement magnifique, gospélisant, il fait naître une église sous ses doigts, qu’il détricote pour inventer autre chose. Autres moments magnifiques : An other dance, une composition très sentimentale de Géraldine Laurent, partagée avec le public comme une confidence. Dans un registre plus débridé, un ébouriffant C’est si bon où Emmanuel Bex mène la danse, déchaîné. Le thème est lacéré, équarri, émietté, puis restitué à l’état de parfum. Une farandole en dansant sur les mains.

Emmanuel Bex alterne grooves caoutchoutés, et lignes de basse véhémentes qui emportent tout. Souvent, il trouve un groove  moelleux . Il joue quelques instants avec cette pépite. Puis la jette par-dessus son épaule comme une épluchure. De temps en temps il fait intervenir sa voix, trafiquée au Vocoder, ce qui donne une sorte d’ampleur orchestrale à son improvisation. On dirait (ce vocoder) un petit orchestre d’appui, un petit orchestre tropical jovial et légèrement éméché de fin de soirée. C’est décalé,  chaleureux. C’est Emmanuel Bex

Le concert se termine par une version du standard d’Aldo Romano, Il camino, morceau à cinq temps d’Aldo Romano adapté par Nougaro dans Rimes. Emmanuel Bex a envie de le jouer, Géraldine pas trop. Finalement, elle accepte. Elle ne se souvient plus exactement du pont, patine un peu, se rétablit. Mais comme tous les grands musiciens : c’est beau et gracieux même quand ils se raccrochent aux branches.

Texte : Jean-François Mondot

Dessins : AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)

 

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