L’inspiration voyageuse de Didier Ithursarry

21 Sep 2020 #

Didier Ithursarry, la délicatesse faite accordéon, célébrait à l’Ermitage la sortie de son disque ATEA (LagunArte productions, L’autre distribution).

 

Didier Ithursarry (accordéon), Joce Mienniel (flûtes), Pierre Durand (Guitare), au Studio l’Ermitage le 15 septembre 2020.

 

Après avoir participé il y a deux ans au remarquable Lua en duo avec Jean-Marie Machado, Didier Ithursarry revient donc avec un trio assez inattendu (accordéon-flûtes-guitare) sous le signe du voyage (« Atea » signifie « porte » en langue basque). Didier Ithursarry a nourri son inspiration de ses voyages, en particulier au Brésil avec une suite de six morceaux consacrée au forro, cette tradition musicale du nord-est du Brésil dont l’accordéon est un des éléments essentiels. Pour ce projet enjambeur de frontières Joce Mienniel est l’interlocuteur idéal : lui-même se promène sur ses flûtes comme sur un tapis volant (voir son très bel album récent Babel). Ici il est donc parfaitement à son aise, très souvent dans le rôle de celui qui met le feu aux poudres. Il fait décoller la musique avec cette manière de jouer sur le souffle qui transforme la flûte un instrument percussif, ou de vocaliser dans l’instrument. Dans son jeu (on pourrait dire la même chose d’Ithursarry) il ne recherche pas l’exotisme mais la poésie, comme le montre son introduction mystérieuse et planante, à Gobi, une des plus belles réussites du disque (et du concert). Quant à Didier Ithursarry, il est à son  niveau habituel, c’est-à-dire excellent, avec une variété de jeux (on pourrait presque dire de tessiture) qui ont en commun une délicatesse extrême.

 

Vibrant dans les graves, il est admirable quand il expose une mélodie avec un petit filet de son ténu, comme s’il chantait une berceuse à un enfant : on entend cela dans la première des suites sur le Forro, dédiée à sa mère (« Ama » en langue basque). Quant au troisième larron, Pierre Durand,  le plus discret sans être moins indispensable, il soutient ses camarades et donne aussi de l’ampleur à la musique, avec quelques belles interventions en solo. Dans Gobi, après avoir élaboré un groove irrésistible, sa guitare fait irruption dans le morceau avec des distorsions agressives qui emmènent le morceau vers une direction insoupçonnée. Il contribue ainsi à donner des inflexions inattendues aux voyages poétiques de Didier Ithursarry.

Post-scriptum : à la fin du concert, le pianiste Jeremy Ternoy et le chanteur percussioniste Kristof Hiriart (qui a quelque chose dans la voix d’André Minvielle, la folie, la grâce, l’humanité) tous deux auteurs en première partie d’un remarquable hommage à Hermeto Pascoal rejoignent le trio, et toutes les pièces du puzzle se mettent instantanément en place de manière impressionnante. Jouez donc ensemble, les gars!

Texte JF Mondot

Dessins : AC Alvoët (autres peintures, dessins, gravures sur son site www.annie-claire.com)

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