Yonathan Avishai, l’enchanteur

29 Apr 2022 #

 

Jeudi avant-dernier, prestation exceptionnelle du trio de Yonathan Avishai à l’Ecuje.

Yonathan Avishai (piano), Yoni Zelnik (co ntrebasse), Donald Kontomanou (batterie), 14 avril 2022, L’Ecuje, Avenue La Fayette 75010 Paris

 

Comment sait-on qu’on va assister à un concert exceptionnel ? Souvent, par les premières notes posées par le pianiste. Leur poids, leur densité, leur résonnance. C’est le cas ce soir. Le premier morceau du trio de Yonathan Avishai, c’est Django, ballade funèbre composée par John Lewis en 1954 pour le génial manouche disparu un an plus tôt. Un thème impressionnant, une prière, un de ces morceaux que les musiciens de jazz n’abordent que genou à terre et chapeau à la main. Avec ferveur, Yonathan Avishai en exprime toute la mélancolie solennelle. C’est bouleversant. Après quoi, il prend délicatement le morceau entre ses mains pour le faire pivoter. Il lui trouve alors d’autres facettes : le blues, mais aussi au fond de toute cette tristesse, de la sérénité, et même de la joie. Yonathan Avishai ne joue pas la tête rentrée dans les épaules, comme certains de ses confrères pianistes. Sa position évoquerait plutôt celle du suricate : tête droite, à l’affût de ses partenaires, sourire béat devant le jeu de cymbales de Donald Kontamonou, délicat comme un sautillement d’oiseau, et devant les notes profondes et chantantes de Yoni Zelnik, un choeur à lui tout seul. On sent le trio (qui existe depuis 2015) heureux de se retrouver. Tous les signes d’un concert exceptionnel sont là.

Et la suite du concert s’avère à la hauteur de cette promesse inaugurale. Le trio joue quelques standards, So in love, just in time, the more I see you, et quelques belles composition d’Avishai (Spring Waltz, Prayer, Méchika, Musician without boundaries, dédié à Chick Corea). Je remarque la précision rythmique de son  jeu. En particulier dans ces moments (sur Just in Time, et Méchika) où Yonathan Avishai lâche la bride à Yoni Zelnik et Donald Kontomanou, pour quelques tourneries hypnotiques, des danses de derviches, qu’il savoure comme un nectar, plaquant quelques accords d’acupuncteur au point exact de vibration du rythme. Dans Prayer, avec trois notes répétées, il ouvre tout l’espace à Yoni Zelnik et Donald Kontomanou.

 

Il y a quelques années, Yonathan Avishai se serait peut-être contenté de cela. Une forme d’ascétisme caractérisait son jeu. Il se contentait (souvent) de faire mieux jouer les autres. En quelques notes éparses, mais denses, porteuses d’un swing implacable, il savait faire basculer un morceau. C’était il y a longtemps. Depuis, le jeu de Yonathan Avishia s’est ouvert à la joie. Il a versé du Ray Briant dans son John Lewis. Son piano s’est mis à chanter. Lui-même, d’ailleurs, au milieu du concert nous chante la mélodie de The more I see you avant de la jouer, ce qui permet à chacun d’apprécier la dimension vocale de son jeu lorsqu’il fait entendre les paroles de la chanson, caresse la mélodie, parfois à rebrousse-poil, avec des rubato magnifiques. On retrouve cette joie dans le ravissant Spring Waltz, une de ses compositions. En rappel, un morceau de Duke Ellington dont Yonathan Avishai vénère les compositions (Mood indigo ouvre son disque Joys and Solitude chez ECM) et le style pianistique. Ce morceau, The Blues Thing, appartient à la suite Black Brown and Beige. Yonathan Avishai y montre à quel point il est à l’aise dans le langage du blues. La contrebasse de Yoni Zelnik est le centre du morceau. Coups de boutoir qui ont la force émotionnelle d’un chœur. Ses notes deviennent immenses, comme des fruits au mûrissement accéléré. Puis le morceau bascule, chaloupe, explore d’autres horizons. C’est fini. Les musiciens saluent au milieu des fruits mûrs.

 

Texte : JF Mondot

Dessins : AC Alvoët (autres dessins, peintures à découvrir sur son site www.annie-claire.com  )

 

 

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