‘À l’improviste’ fait son retour à la Maison de la Radio, au studio 105 - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 19 Mai 2026 • Par Xavier Prévost

‘À l’improviste’ fait son retour à la Maison de la Radio, au studio 105

Une bouffée de nostalgie pour le chroniqueur, venu de sa province pour assister à un concert dans cette salle dès 1967, bien avant d’y présenter à partir des années 80 près de 200 concerts, dans le cadre de ses activités de radioteur professionnel

Le studio a été une nouvelle fois rénové : il était en travaux depuis plusieurs années. L’émission ‘À l’improviste’ a quitté la salle de l’Alliance Française pour réintégrer la Maison Ronde, où s’épanouit la vie de France Musique

Pour l’enregistrement de la dernière émission ‘À l’improviste’ de la saison, ce lundi 18 mai à 19h30, Anne Montaron présente un duo et un trio d’improvisation : ‘Jardin Noir’, qui associe Floy Krouchi et Claudia Solal ; et le trio LDL, qui rassemble Urs Leimgruber, Jacques Demierre & Thomas Lehn

Le trio se connaît de longtemps : ces musiciens s’étaient même retrouvés en quartette avec le contrebassiste Barre Phillips, dont le pianiste et le saxophoniste ont été des partenaires réguliers. Le trio termine une tournée de 18 concerts qui a parcouru la Suisse et l’Allemagne avant de conclure dans notre pays. Le son du piano de Jacques Demierre est à de nombreuses reprises traité par le synthétiseur analogique de Thomas Lehn, tandis que le saxophone soprano joué par Urs Leimgruber (un instrument modifié par l’adjonction d’une sorte de rallonge entre le bec et le corps de l’instrument) fait entendre des sons inouïs, et des phrases qui bousculent les codes. Le trio commence selon une sorte de rituel propre à la musique improvisée : un son, une note, qui seront l’amorce de dialogues et trilogues. Rares sont les monologues, et ils sont toujours une porte ouverte vers un échange. La musique se développe en cheminant d’événement en surprise : des silences, des emportements, des nuances et des énigmes : la vie même !

Puis le trio rejoint, côté jardin, Anne Montaron, pour un échange sur l’élaboration de cette musique et l’histoire du trio

Après un court changement de plateau le duo ‘Jardin Noir’ nous offre une autre approche de l’improvisation. La bassiste Floy Krouchi, compositrice et improvisatrice, développe un univers singulier où sa guitare basse augmentée, prolongée d’effets, et inspirée aussi par un instrument traditionnel du nord de l’Inde, va nouer un dialogue avec le chant (et les textes -en français et en anglais) de Claudia Solal. Sa voix nous entraîne autant vers le lointain orient que du côté du jazz contemporain ou des musiques expérimentales. L’expressivité va croissant, jusqu’à une violente profération, une allocution enflammée qui s’évade soudain dans une langue rêvée. C’est comme un mouvement ondulatoire, qui produit des sensations et des émotions échappant à la logique du sens. Ce ‘Jardin noir’ nous parle d’un monde dévasté qui renaît : ici la vie de l’improvisation rejoint le vivant qui se régénère. C’est la préfiguration d’une œuvre sonore en cours d’élaboration, présélectionnée pour le prix Phonurgia Nova (qui récompense des créations radiophoniques), et dont l’une des sources est un poème de Claudia Solal (publié en 2022 dans un petit volume de textes et d’improvisations graphiques de pastel à l’huile, sous le titre Printemps interdit) ; un poème intitulé Je n’entends pas la forêt qui pousse. Une rencontre de musiques et de textes, de timbres instrumentaux et vocaux, d’expression et de formes, d’où surgit un univers d’une belle intensité. Cette seconde partie conduira elle aussi à un entretien d’Anne Montaron avec les artistes. Et l’essentiel de cette soirée sera diffusé le dimanche 21 juin à 21h dans ‘Le carrefour de la création’, qui accueille sur France Musique les sessions ‘À l’improviste’

Xavier Prévost