Faites entrer les musiciens : Jean-Pierre Como et Javier Girotto.  (EPISODE 1 à Jazz sous les Pommiers) - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 19 Mai 2026

Faites entrer les musiciens : Jean-Pierre Como et Javier Girotto.  (EPISODE 1 à Jazz sous les Pommiers)

Texte : Hanna Kay ; Photos : Maxim François

Deux hommes soupçonnés d’entretenir une relation dangereuse avec la mélodie viennent d’être repérés. Le premier, français d’origine italienne, Jean-Pierre Como, aux antécédents jazz fusion avec Sixun, a longtemps été aperçu au volant de grooves électriques et harmonies sophistiquées. Le second, Javier Girotto, saxophoniste argentin né à Cordoba, est porteur d’un souffle venu des Andes, du tango et des fanfares italiennes. Leur dernière opération commune porte un nom de code “Parfum d’Azur“.

Du gang fusion aux chapelles : le cas Como

Pendant longtemps, Jean-Pierre Como  a fait partie des suspects principaux du jazz fusion français avec le gang de Sixun.  Claviers, énergie, groove,  virtuosité collective : aux côtés de Louis Winsberg, Paco Sery,  Stéphane Edouard, Alain Debiossat, il a participé à cette génération qui mélangeait jazz, rythmes du monde et puissance rock. Des années de scènes, de succès, d’amplis, de grooves  et d’élans fusion.

Alors pourquoi ce revirement ? Pourquoi aujourd’hui ce duo dépouillé avec Javier Girotto ? Pourquoi les chapelles, les silences et les improvisations suspendues ? Les enquêteurs pensent d’abord à une rupture esthétique. Erreur. En réalité, Como n’a jamais quitté la fusion. Avant, cela passait par les rythmes et de l’électricité. Aujourd’hui, elle passe par le souffle, les résonances et les racines communes. 

Argentine. Italie. Méditerranée. Mélodie. Quand il parle de son complice, Jean-Pierre Como ne décrit pas un partenaire musical mais presque un frère sonore : « Quand je travaille ses morceaux, j’ai l’impression que ce sont les miens. » C’est peut-être ça, le véritable tournant. Après les grandes architectures fusion de Sixun, Como semble chercher autre chose : non plus la densité, mais l’espace.

Le pacte de Rome

Le premier signalement remonte à Rome lors d’un festival italo-français. Un concert improvisé. Le duo naît presque par accident. « Le concert était fantastique. », reconnaît Javier Girotto.  Après cette nuit-là, impossible de revenir en arrière.

Autre élément troublant : les lieux choisis. Chapelles, abbayes, salle du couvent des Dominicains de Saint-Émilion pour enregistrer l’album.  Pourquoi toujours ces espaces sacrés ? Le duo répond presque d’une seule voix : « Le son et cette musique s’adaptent à ces lieux. » Le disque lui-même a été enregistré dans une ancienne salle religieuse. Pas un studio classique mais un lieu « propice à l’élévation », confie Como.

Le piano a pour mission de laisser respirer les notes. Les accords restent ouverts. Le saxophone de Girotto flotte au-dessus comme une voix intérieure en résonance. Par moments, on croit entendre un folklore imaginaire : un tango disparu, une prière italienne, du jazz européen, puis soudain du free suspendu. Et surtout, il y a cette manière de refuser le contrôle. Si pour leur album, ils ont écrit beaucoup de musique, la structure n’est pas totalement fixée pour les concerts live : « on s’écoute et on part », confie Jean-Pierre Como, ou l’art de brouiller les pistes. « Chaque concert est une expérience », ajoute Javier Girotto.

Le miracle du jazz

Dans le dossier, ce détail revient constamment : la confiance, entre les musiciens et avec le son du lieu. Comme si Como avait quitté les machines de la fusion pour retrouver une autre vibration : celle des pierres, des silences et de l’acoustique naturelle. Le jazz est-il capable de miracles ? Oui à en croire Javier Girotto, qui raconte qu’un enfant dans un service d’oncologie écoutait sa musique pour aller mieux, et qu’il est maintenant guéri.  Le plus troublant reste sans doute leur choix d’enregistrer dans une ancienne salle religieuse. « Je ne voulais pas enregistrer ce duo dans un studio classique », raconte Como. Ce soir à Jazz sous les Pommiers, ils ont joué dans la magistrale cathédrale de Coutances. Deux hommes qui ont improvisé sous le regard des icônes religieuses et des crucifix, comme s’ils tentaient de retrouver quelque chose d’ancien. Peut-être une mémoire, ou peut-être simplement tout simplement le son juste.