Jurançon: Gilda Hekselman guitare de printemps
Gilad Hekselman( g) Orlando le Fleming (b) Jeff Ballard (dm)
Tonnerre de Jazz, Le Printemps du Jazz L’Atelier du Nez , Jurançon, (64110) 24 avril
Dans la cité béarnaise on ne sait évidemment pas encore en cette fin avril quelles seront les qualités spécifique du cru de l’appellation réputée en blancs sec ou moelleux cette année. Toutefois sur une collecte d’une semaine a débuté hier soir à Jurançon Le Printemps de Tonnerre de Jazz. L’association qui gravite dans les communes de l’agglomération paloise a fixé pour ce faire cinq rendez vous autour de concerts, film et un tremplin destiné aux valeurs montantes du jazz hexagonal. « Nous continuons notre travail d’implantation de cette musique sur notre territoire urbain » prophétise Jean Claude Tessier le boss de l’asso en illustration d’un travail mené depuis dix ans désormais. Premier de ces rendez-vous offerts: Gilad Hekselman.

À la différence de certains de ses illustres confrères (John Scofield, Bill Frisell, Julian Lage… ) Il change de guitare selon les lieux, les clichés l’attestent. Pourtant le guitariste israélien fait montre sur son instrument d’un sceau, une griffe particulière. Une sonorité lisse, claire au service d’un phrasé qui laisse couler les notes quel que soit le tempo abordé. Down Hill from here, titre de son dernier album paru en trio vient en parfaite illustration si besoin était. Séquence virevoltante assise sur une série de passages d’accords appuyés, mouvement en pleine cohérence avec le jeu dense de Jeff Ballard (on en reparlera..)

Effets de douceurs également en hommage avoué à Wayne Shorter qui, lui, de son sax soprano en particulier n’en manquait pas. Il utilise alors à dessein le registre des aigües sur le haut du manche (Wayne bossa) Autre atout dans sa palette de couleurs données live: des effets d’orde purement électroniques marquent une distorsion légère tel un voile tendu sur les cordes. Un phrasé, on y revient, approprié générateur de fort relief au travers de la sonorité de la guitare. Le tout sur un schéma de basse très solide.

Dès lors, tout sauf une surprise connaissant la capacité de ce musicien, c’est bien à Jeff Ballard de se balader en une joyeuse improvisation (ré)créative. Suite dans l’ajout de couleurs sonores complémentaires en un volet collectif cette fois: May song (on y est presque…) très long morceau offre dans la lignée d’un jeu de guitare en particules fines un développement fait de lignes finement croisées. En mode d’appel d’air insufflé à trois voix. Démonstration d’une certaine cohésion également pour un trio formé pour une tournée (l’album cité plus hait bénéficie d’une rythmique new yorkaise, Larry Grenadier/Marcus Gilmore). Dans un tel parcours scénique ainsi partagé la mélodie ne se trouve pas oubliée pour autant. Elle vient, elle passe et puis revient au premier plan, célébrée cool par les trois musiciens dans un même bain (Summer bath in winter) Le guitariste y démontre une grande aisance, en mode d’appui rythmique comme lors des différents moments de solo lâchés en beaucoup de notes produites, en enchainements, en liaison. Soit autant de déroulés guitaristiques construits avec aisance, nantis d’une certaine légèreté prégnante. Tel un chant d’ailleurs à l’occasion, comme sur ce thème conclusif doublé de traits vocalisés d’une voix douce.

Gilad Hekselman ne révolutionnera pas dans un coup de Tonnerre l’expression de la guitare jazz. Mais dans la continuité de figures du genre comme Jim Hall, John Abercrombie ou John Scofield -avec même quelques trouvailles quelque peu acrobatiques que n’aurait pas reniées Sylvain Luc- il marque une empreinte personnelle d’ouverture. Originale.
Robert Latxague

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