Kurt Rosenwinkel et Niels Petter Molvaer en ouverture du Ystad Suede Jazz Festival
À l’extrême sud de la Suède (à une heure de Malmö environ), la petite cité médiévale d’Ystad abrite un festival de jazz, dont le directeur artistique n’est autre que le pianiste Jan Lundgren. Pour sa 17e édition, la première soirée offrait un programme alléchant autour de deux personnalités marquantes, mais surtout de deux incarnations fort différentes du jazz.
Chaudement accueilli dans le petit théâtre à l’italienne d’Ystad par un public étonnamment jeune (vu de notre côté) où les musicien.nes semblaient en bonne part , le quartet de Kurt Rosenwinkel a déroulé un set compact, déclinant une variété d’atmosphères et de contextes rythmiques préservant l’homogénéité stylistique propre à son leader. Soit une poignée de compositions originales et quelques reprises parmi lesquelles une version concentrée du Self Portrait in 3 Colours de Charles Mingus, mais aussi Serenity de Joe Henderson, jusqu’à un thème parkerien non identifié en bis. La couleur, voilà bien l’une des qualités premières de la sonorité du guitariste, porté par son phrasé ductile capable d’en faire oublier la vélocité. Que de couleurs encore dans les subtils dédales harmoniques empruntés par les compositions (A Shifting Design) puis développés comme il se doit dans l’improvisation ! Aux deux solistes principaux, parfaitement complémentaires (Seamus Blake précis et nerveux répondant au récit tout en dentelle du guitariste) s’ajoutent quelques magistrales interventions d’ Alex Claffy, remarquable de présence dans tous les secteurs du jeu. La paire qu’il forme avec l’excellent Joe Peri, et qui n’a cessé de grimper en température comme en connivence, s’est imposée comme la pierre angulaire de l’interplay sur laquelle repose ce magnifique groupe.
Avec Kurt Rosenwinkel (g), Seamus Blake (ts), Alex Claffy (b), Joe Peri (d).
Autre lieu, autre ambiance à quelques rues pavées de là, où l’un des papes de l’électro-jazz nordique s’apprête à officier à l’église Sankta Maria Kyrka, sous un retable du XVIIIe siècle richement décoré et à proximité d’une admirable chaire Renaissance. Peu avant de déclencher les bandes sur lesquelles il posera les sinuosités parfois orientalisantes de sa trompette, Niels Petter Molvaer a gravi les 107 marches de la tour pour entonner la fanfare quotidiennement exécutée par la trompe du veilleur, selon une tradition qui remonte à 1748.
Procédant par séquences, jouant de toutes les interactions possibles entre le potentiel sonore permis par l’électronique (grandes orgues aux basses profondes, nappes de cordes, touffeurs rythmiques façon drum’ n’ bass…) et l’acoustique réverbérante des lieux, Molvaer a déroulé un discours mélodique laissant peu de place à l’imprévu (on retrouve ici où là comme des fragments tirés de Masqualero ou de Khmer), parfois même excessivement fragile par l’intonation. Non loin d’un certain Miles par le minimalisme assumé, revisitant aussi d’une certaine façon la formule trompette et orgue, il a assurément transporté son auditoire sur l’autel d’une spiritualité en quête de transe, ici particulièrement favorisée par la résonance naturelle, mais surtout par l’esprit des lieux. On se prend à imaginer une carte blanche à Laurent de Wilde sous les voûtes de Notre-Dame… et on rend hommage au modèle d’ouverture ici offert par nos amis suédois. Vincent Cotro, avec la complicité de Mathilde Berthe.
Niels Petter Molvaer (tp, electronics)
Jeudi 30 juillet
Anna Pauline, Randy Brecker, Janis Siegel « Lucky To Be Me »
Bobo Stenson Trio
Emmalisa Hallander « Out of Reach »
Mathias Heise & DR Big Band « A Love Supreme Revisited »
www.ystadjazz.se