René Urteger, le Roi René, est mort ! - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 17 Juil 2026

René Urteger, le Roi René, est mort !

La nouvelle nous vient du Perche où il vivait, à Mortagne, par l’intermédiaire de Pascal Anquetil, l’un de ses grands fans, l’un de ses nombreux fans. Nous rééditerons prochainement le grand entretien qu’il avait recueilli pour Jazz Magazine en 2014.

D’où vient spontanément ce titre de Roi ? Peut-être tout simplement de l’écrivaine Agnès Desarthe qui intitula ainsi sa biographie, Le Roi René paru en 2016 aux éditions Odile Jacob, fruit de longues conversations, d’authentiques confessions. Il y avait en effet quelque chose de royal chez Urtreger, pétri de générosité, d’humour, d’enthousiasme, d’entièreté, l’éclat de colère pouvant voisiner avec le plus franc des éclats de rire. Un roi, mais un roi blessé. Couvert de blessures : juin 1940 et très vite la chasse aux juifs (il est né en 1934 !), la fuite à pied à travers les Pyrénées, l’attente de sa mère au retour des camps, l’échec à l’entrée au conservatoire, sa revanche avec le jazz qui le fera roi, ou tout du moins Prix Django Reinhardt de l’Académie du jazz en 1960. Mais déjà, il s’est taillé une réputation d’héritier de Bud Powell qui lui vaut d’enregistrer en trio pour Barclay en février 1955 et d’être choisi pour accompagner les tournées européennes de Miles Davis de 1956 et 1957, jusqu’à le suivre en studio lors de la fameuse séance d’enregistrement d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle. Cause cependant d’une nouvelle blessure : le musique que Miles invente ce soir-là, après des soirées de complicité sur les sacro-saintes progressions harmoniques du bebop, relègue le pianiste à un rôle d’ameublement, où tout du moins ce que René Urtreger considère comme tel. Il n’en démordra pas, jusqu’à l’âge où, se confiant à Agnès Desathe, il concède que Bill Evans – lui qui saura trouver sa place auprès du nouveau Miles, le Miles de “Kind of Blue”– est un merveilleux pianiste, précisant cependant qu’il le considère plutôt comme un pianiste de classique. Un autre pianiste l’agace, Martial Solal, qui lui volera souvent la vedette auprès de la critique. Par bonheur pas trop auprès des jazzfans qui préfèrent souvent René “au nom du swing”. Et puis, il y aura le trio HUM ! (Humair / Urtreger / Michelot). Le nom du trio, qui donne son titre au premier album (disque Vega), est joliment trouvé, même si c’est le nom de Humair qui apparaît en premier. Et la musique est du tonnerre !

Hélas, la drogue a commencé son emprise, la maladie chronique du bop. Le nom d’Urtreger se fait rare dans la discographie des années 1960. Le voici pianiste de Claude François. Une nouvelle épouse viendra à son secours dans les années 1970, avec le soutien de Jeannette, la sœur du pianiste, Jeanne de Mirbeck qui produit un deuxième HUM (1979), première référence de son label Carlyne. René est à nouveau à l’affiche, sur les scènes petites et grandes et dans les studios. Il n’est plus à la pointe de l’actualité du jazz moderne, mais il est définitivement le Roi René, le témoin de l’histoire qu’il continue à réinventer et réécrire à sa façon, celui que l’on va écouter, comme chez lui, au Montana « juché sur un autel qui le fait apercevoir de loin » comme l’écrira Francis Marmande lui rendant visite pour Le Monde. Parallèlement à son trio régulier (Yves Torchinsky / Éric Dervieu) qui enregistre jusqu’au milieu des années 2010, Philippe Ghielmetti, pour son label Skech, a fait venir en 1999 le Trio Hum pour un troisième disque, suivi par un solo de René “Ornirica” (2006) qui, après “Jazzman” (1985) et avec son tout dernier solo (“Tentatives”, 2006) fait figure de testament.  Franck Bergerot (texte et photo)