Jazz live
Publié le 19 Juil 2013

North Sea Jazz Festival : supermarché annuel du jazz américain à Rotterdam

C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion

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C’est grâce de la Fondation BNP Paribas, sponsor du Prix Paul Acket, que je fus avec trois autres journalistes français invité à Rotterdam le week-end dernier (les 12, 13 et 14 juillet) pour célébrer dans le cadre du North Sea Jazz Festival la remise du trophée à l’explosive et généreuse clarinettiste israélienne Anat Cohen, sœur de Avishai, le trompettiste, et de Youval, le saxophoniste. Quelle famille ! Et quel festival ! Récit et interrogations.

Par Pascal Anquetil


 

C’est dans des conditions idéales, grâce au badge VIP qui donne accès au Birland, l’espace select réservé aux sponsors et à leurs invités, donc grâce à l’invitation de Jean-Jacques Goron, délégué général de la Fondation BNP Paribas, que j’ai pu bénéficier avec mes charmants collègues du rare « privilège » d’assister à cet incroyable événement, inimaginable, voire impossible en France. Pas de doute, cette 38ième édition qui a rassemblé pour la première fois plus de 75000 visiteurs payants, fut un grand cru, puisque « sold out » une semaine avant le début des hostilités festivalières.

Surprise ! Nous étions les seuls représentants de la presse jazz hexagonale. La raison en est simple : le North Sea Jazz a pour politique de n’inviter aucun journaliste étranger. Seule une accréditation, si la demande est faite à temps, peut être éventuellement et généreusement consentie. Quand on s’étonne d’une telle attitude aussi catégorique qu‘impérative, le responsable de la communication du festival a « sa » réponse, imparable parce que vertueuse : « Vous pouvez comprendre que nous sommes, comme vous, très respectueux de l’indépendance de la presse. ». Ok, j’ai compris : il ne faut jamais oublier que nous sommes à Rotterdam en terre parpaillote. De mes lointaines années de fac sorbonnarde me reviennent soudainement en mémoire la lecture de « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » du sociologue Max Weber. Ok, j’ai intérêt à laisser vite au vestiaire mon comportement de latin corrompu ou corruptible.

Je décide néanmoins d’insister auprès du grand manitou de la presse batave pour lui faire part, une nouvelle fois, d’un autre étonnement : pourquoi une manifestation aussi gigantesque qu’originale, unique en son genre, tant par son concept que son modèle d’organisation, n’est pas plus connue en France ? Dans la foule des festivaliers, je n’ai croisé aucun compatriote, à l’exception de Denis Lebas, directeur du festival Jazz sous les pommiers qui vient chaque année au North Sea Jazz pour y faire son marché. La seule réponse à mon interrogation candide fut un grand silence. Un silence qui signifiait très bruyamment qu’à vrai dire …ils s’en foutent. Et pour cause !

North Sea Jazz, c’est le plus important « indoor music festival » dans le monde. Cette année, pour la première fois depuis huit ans, les 75 000 tickets disponibles ont été vendus quelques jours avant même le début des festivités. Le prix est de 89 euros par jour, 199 par les 3 jours et 319 euros avec, en bonus, les « concerts plus », c’est-à-dire avec billets numérotés pour les concerts haut de gamme dans la salle Amazone  (Diana Krall, Herbie Hancock, Chick Corea, etc.). Cela signifie que pendant 3 jours, de 17h à 2h du matin, plus de 25 000 visiteurs payants fréquentent quotidiennement le site du festival. A savoir, sur une ile desservie par une ligne de métro flambant neuf, un immense parc des expositions mis à disposition par le port de Rotterdam, sponsor officiel depuis que le North Sea Jazz, il y a déjà huit ans, ait décidé de quitter La Haye.

85% du budget global du festival est aujourd’hui financé par la vente des tickets, mais aussi des « Tokens », la monnaie « locale » (comme les « Jazz » à Montreux) obligatoire pour payer toutes les dépenses de boisson ou de nourriture. On croit rêver si l’on compare ce pourcentage avec celui des festivals de jazz en France, fussent-ils les plus fréquentés comme Jazz à Vienne ou Jazz in Marciac. En chiffres, le North Sea Jazz, c’est aussi sur 3 jours seulement plus de 150 concerts, tous remarquablement sonorisés (vu les circonstances techniques), distribués du vendredi au dimanche sur 13 salles différentes (de la scène Maas, plus de 6000 places, à des scènes plus intimistes) et répartis sur trois niveaux sur tout le site. Qui dit mieux ?

Un tel événement intéressait cette année plus de 1000 musiciens et mobilisa chaque jour 3000 personnes, toutes salariées. On comprend vite qu’ici la notion de « bénévoles » n’ait pas de sens. D’où l’organisation « quasi militaire » (selon l’expression d’un des programmateurs) et presque toujours parfaite de ces trois jours de festival. Comprise dans d’une fourchette qui oscille entre 25 et 60 ans, la moyenne d’âge du spectateur de base du North Sea Jazz tourne aujourd’hui autour de 35 ans. A plus de 90%, cette population festivalière, toujours calme, courtoise et disciplinée, est néerlandaise. Mais elle ne connaît ni la pratique de la standing ovation ni la politesse du rappel. Cela chamboulerait trop le timing très strict des concerts. Cela commence et finit à l’heure. Tout débordement de temps est ici prohibé. Cela ne rigole pas ! En tant que Français, je l’avoue, je ne peux qu’être admiratif devant l’excellence de l’organisation et fasciné par la science des fluides que l’équipe technique a su imaginer pour permettre une libre circulation du public, sans bouchons ni goulots d’étranglement, de salle en salle. Cela tient, aux heures d’affluence, du vrai miracle. Il faut dire que toute la signalitique pour se déplacer et ne pas se perdre dans cet immense dédale de scènes et de couloirs est remarquablement faite.

Ok, ok, me direz-vous, on a compris, toute cette organisation semble idéale et admirable. Le professionnalisme à son zénith. Mais pourquoi ? On a envie, après trois jours intensifs de consommation de musique à haute dose, de se poser nous aussi cette naïve question : pourquoi une telle surabondance d’offres musicales dans un laps de temps aussi court. Conséquence : tout spectateur, s’il n’est pas doué du don d’ubiquité, est condamné à des choix cornéliens. Faut-il préférer aller écouter Herbie Hancock ou Bobby Womack (superbe !), Next Collective ou Marcus Miller, Diana Krall ou Steve Coleman, Larry Graham ou the Syndicate, Carla Bley ou Robert Glasper, Dee Dee Bridgewater ou Michel Camilo, Chick Corea ou Eliane Elias, Avishai Cohen ou Bonnie Blait, Jamie Cullum ou John Zorn, Charles Lloyd ou E.S.T. en version symphonique avec Dan Berglund et Magnus Öström in person, mais aussi Yaron Herman au piano dans le rôle d’Esbjörn Svensson (belle
réussite !). Finalement, face à un tel embarras du choix, en consommateur gavé de privilèges, on se plaint que la mariée est trop belle et qu’on est condamné à passer son temps à rater le concert qu’on aurait envie d’entendre mais auquel on ne peut assister parce qu’on a choisi une autre salle, un autre groupe, une autre affiche. Conclusion : on vit trois jours durant dans la frustration permanente, pris dans le grand vertige du zapping obsessionnel.

Sont-ce les bonnes conditions pour écouter vraiment de la musique ? On peut se le demander. Il n’empêche qu’une telle profusion d’invitations musicales simultanées n’interdit pas d’avoir de la chance de tomber sur le bon concert at the right time. A preuve, « Song Project », le premier concert, samedi à la salle Darling, du marathon zornien et surtout sa conclusion explosive vers minuit avec « Electric Masada » avec un Marc Ribot en état de grâce et un Joe Baron déchainé. Pour moi, ce fut le grand flash du festival. Que j’aurais aimé que le public face à un tel groupe une standing ovation ! Assurément, ce n’est pas dans les mœurs du public hollandais.

Pour finir, on remarquera que la prolifique, pléthorique et débordante programmation musicale du North Sea Jazz est réservée à plus de 80 % aux musiciens américains et à 18 % aux musiciens néerlandais. La France était cette année représentée par seulement deux musiciens : un pianiste israélien et un trompettiste libanais, à savoir Yaron Herman Quartet (avec un excellent Emile Parisien) et, bien sûr, l’incontournable Ibrahim Maalouf. Rassurons-nous, le reste de l’Europe n’est pas mieux loti que nous. North Sea Jazz Festival se veut et s’affiche sans complexes comme la vitrine européenne, le Carrefour (marque de supermarché déposée) du jazz, funk et blues made in USA. CQFD

 

PS spécial pour Frédéric Goaty : « Someday my Prince will come »

Vendredi, pendant le concert de Larry Graham & Graham Central Station sur la plus grande scène du site, Nile (plus de 6000 personnes), nous sommes invités à visiter le lieu le plus « sécurisé » du festival : le backstage ou l’envers du décor. Au même moment où nous allons « inspecté » l’équipe qui prépare dans un calme zenissime, sans le moindre signe d’énervement, le set technique du prochain concert, à savoir Carlos Santana, voilà que quatre créatures improbables, tout à la fois grandes, black et sublimes, avec tout au milieu de ce carré magique un petit bonhomme à la coiffure afro et aux lunettes noires, nous croisent pour s’engouffrer dans un limousine noire. On apprendra très vite qu’il s’agit de Prince. Dans son avion privé, en arrivant à Montreux, prenant connaissance du programme du North Sea Jazz, il décide d’appeler le directeur du festival Jan Willem Luyken, pour lui dire qu’il a très envie de venir jouer sur un seul morceau « Thank You » pendant la prestation de son vieil ami Larry Graham…On peut désormais entendre et voir sa courte prestation sur dailymotion