À la faveur de la parution chez Frémeaux & Associés d’un coffret de 3 CD intitulé ‘Songs For Chet, Songs For Now’, une réédition de 3 albums du contrebassiste, publiés en 1989, 2014 & 2019

https://www.fremeaux.com/fr/7894-songs-for-chet-songs-for-now-3448960862820-fa8628.html
Pour fêter l’événement Ricardo Del Fra a joué deux soirs de suite au Sunside, avec des groupes et programmes différents. Le choix du chroniqueur s’est porté sur le quintette rassemblé voici bien des années par le leader, quand il dirigeait le département Jazz du Conservatoire National Supérieur : il avait convié à ses côtés plusieurs de ses plus brillants étudiants, solistes accomplis. Le groupe va jouer une partie des thèmes enregistrés en 2018 pour le disque ‘Moving People’, avec Kurt Rosenwinkel, Jan Prax, Tomasz Dabrowski, mais aussi Rémi Fox et Carl-Henri Morisset que nous retrouvons ce soir sur la scène du Sunside

RICCARDO DEL FRA ‘Moving People’
Riccardo Del Fra (contrebasse), Rémi Fox (saxophones soprano & alto), Gabriel Gosse (guitare), Carl-Henri Morisset (piano), Ariel Tessier (batterie)
Paris, Sunside, 8 mai 2026, 21h45
Le concert commence en forte intensité, avec une composition qui n’est pas issue du répertoire du disque. Déjà la barre est placée très haut, qu’il s’agisse de l‘interaction, de l’expressivité ou de l’élaboration thématique : des croisements de solistes, des improvisations torrides, et un atterrissage en souplesse, comme pour rappeler l’enfance de l’Art. Puis vient Ressac, qui était la deuxième plage du disque de référence. Le saxophoniste passe à l’alto. La musique est intensément vivante, jouant tout à la fois de l’autonomie des solistes et d’un sens collectif qui porte le tout au point d’incandescence. Après une brusque rupture le piano enchaîne en confidence, pour lancer un solo de contrebasse, comme un ressac mélancolique, voire dramatique. Sans détailler par le menu tout le programme, une sensation s’impose : la richesse compositionnelle du répertoire, et la force collective qui porte constamment la musique à un point d’évidence ; par sa fluidité et sa ductilité elle s’impose à nous, pour la plus grande joie du mélomane jazzophile. Au fil du programme des dialogues entre les solistes, des moments très segmentés , vécus avec une très grande liberté par tous les membres du groupe. Au second set un clin d’œil aux standards : ceux du jazz côté Monk, et ceux de Broadway et d’ailleurs côté Jerome Kern ou Rodgers & Hart. Peu après minuit le chroniqueur doit lever le camp, pour s’assurer qu’il pourra bien regagner sa banlieue par les transports en commun. Légère frustration bien sûr, mais la musique et le groupe ont fait de cette soirée un très beau moment!
Xavier Prévost (texte et photos)