Robin McKelle et Mica Millar au Barrière Enghien Jazz Festival - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 10 Juil 2026

Robin McKelle et Mica Millar au Barrière Enghien Jazz Festival

5 juillet

Avec la disparition du festival de jazz de La Défense, le Barrière Enghien Jazz Festival, lancé en 2000, devient le principal évènement francilien à proposer une large programmation gratuite chaque année. Si l’affiche n’est pas sans compromis (en particulier sur la scène du Lac), le très agréable Jardin des Roses continue à offrir une sélection au goût très sûr, avec en particulier cette année Gabi Hartmann, Angelo Debarre avec Anne Sila, Molly Johnson, Angélique Kidjo et Avishai Cohen.

La grande chaleur et l’annonce tardive de sa présence n’ont pas dissuadé le public de curieux qui attendait Robin McKelle. Habituée de longue date des scènes françaises, la chanteuse se promène régulièrement entre jazz et soul, avec quelques incursions du côté de la pop. Depuis quelques années, c’est le répertoire d’Ella Fitzgerald qu’elle décline sur scène, dans la lignée de son album de 2023 « Impressions Of Ella », et le programme du jour y puise largement, avec des standards comme Taking a Chance on Love ou Caravan. Accompagné d’un trio de pointures (Danny Grissett au piano, Jason Brown à la batterie, Victor Nyberg à la contrebasse), McKelle, dont les qualités vocales ne sont plus à prouver, n’a aucune difficulté à trouver sa place dans ce répertoire d’évidences, même si elle ne s’éloigne jamais vraiment d’une approche très classique du genre. Quelques titres personnels s’ajoutent, comme Something’s Gotta Give en ouverture ou Head High, ainsi qu’au moins un morceau d’un disque attendu en début d’année prochaine. Charismatique et habituée de l’exercice, McKelle n’a aucune difficulté à faire participer un public sous le charme sur Desafinado et sur un final enlevé avec Hallelujah I Love Him So emprunté à Ray Charles. Si l’ensemble est une réussite, le souvenir de prestations plus anciennes de la chanteuse fait regretter son choix actuel d’une certaine prévisibilité…

Moins familière des scènes françaises, même si elle s’y produit ponctuellement depuis au moins 2024, la chanteuse de Manchester Mica Millar vient présenter avec ses musiciens le répertoire de son nouvel album, « A Little Bit of Me », sorti début juin et dont elle interprète certains morceaux pour la première fois en public. Pas de reprises pour faciliter l’accès, quelques titres à peine de son premier album, Millar choisit de tout miser sur ses nouvelles chansons, et elle a bien raison tant celles-ci, même à la première écoute, sonnent comme des évidences, accueillies comme telles par un public qui, malgré le soleil assommant, ne tarde pas à entrer dans son univers. Le nombre de spectateurs qui se pressent devant la scène ne cesse d’augmenter, tandis que ceux qui restent sur les gradins acclament des titres comme le très intense Oh Freedom, Hard Times ou la chanson titre, portés par le charisme de la chanteuse, qui ne ménage pas ses efforts, bien appuyée par son groupe régulier. Si des contraintes horaires ont imposé une balance sommaire – devant le public, qui plus est -, le son s’améliore significativement après les premiers morceaux, et c’est en toute cohérence que Millar est rappelée pour un dernier titre. Attendue à plusieurs reprises sur les scènes françaises d’ici la fin de l’année et au début de 2027, elle ne devrait pas avoir de mal à conquérir un nouveau et large public…

Frédéric Adrian