Sylvain Kassap & Jean-François Pauvros en duo Rue Française
Un duo qui s’est souvent réuni, mais que je découvrais à l’occasion d’un concert dans ce lieu qui s’intitule ‘Plateforme créative pour l’art’. Un lieu où j’étais venu, voici quelques mois, pour un autre concert (un écho ici). Plaisir de découvrir en duo deux musiciens que j’écoute depuis des décennies : Pauvros depuis des concerts lillois, dans les années 70, avec notamment l’Ami Philippe Deschepper ; et Kassap depuis mon arrivée à Paris au début des années 80 : une époque où j’avais encore des cheveux (qui commencent à me faire cruellement défaut) alors que tous deux ont conservé une foisonnante chevelure….

Sylvain Kassap (clarinette, clarinettes basse et contrebasse, chalumeau)
Jean-François Pauvros (guitares électriques, effets)
Paris, Rue Française, 20 avril 2026, 20h
La guitare commence, dans une atmosphère de blues, tendance Saint James Infirmary : pouvoir absolu de l’expressivité. Et la clarinette basse entre aussitôt de plain pied dans ce libre jeu de l’expression exacerbée. Une atmosphère de blues, mais dans un contexte de musique improvisée sans contrainte formelle, stylistique ou autre : primauté du son, des sons qui forgent l’expression, et qui nous touchent au plus profond, de manière immédiate. Les lignes musicales se croisent, s’interpellent, se répondent. Pulsion, impulsion, compulsion, propulsion, voire répulsion quand les contraires s’affrontent, avant de se conjuguer. La musique improvisée est un jeu à sommes décuplées, tant les chemins sont multiples, aventureux et insondables.

Voici l’instant où Jean-François Pauvros se saisit de sa seconde guitare, qu’il va jouer à l’archet, mais aussi de manière plus orthodoxe. Cela dit les modes de jeu sont, de part et d’autre, hétérodoxes. C’est le privilège de la musique improvisée que de prolonger son territoire hors des règles et des normes, sur le plan musical comme sur le plan instrumental. La clarinette contrebasse de Sylvain Kassap va entraîner nos oreilles vers des horizons neufs, comme la guitare de son partenaire n’a cessé de le faire. Nous qui les écoutons plongeons avec délice dans ces méandres inouïs. La musique vivante est décidément l’acmé de la sensation, et de l’émotion, musicales.
Xavier Prévost
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