Nile Rodgers & Chic Au Zénith de Paris
30 juin
Longtemps éloigné des scènes françaises, Chic, emmené par Nile Rodgers, est depuis devenu depuis la fin des années 2000 une figure majeure d’une certaine nostalgie disco- funk, régulièrement programmé dans les salles et festival. Ce nouveau passage parisien, le premier depuis deux ans, confirme la popularité du groupe, qui remplit quasiment le Zénith malgré un match de l’équipe de France le même soir (les horaires du concert ont d’ailleurs été avancés pour éviter une concurrence trop frontale).
Habituée de l’exercice – elle assurait la première partie de Diana Krall à l’Olympia quelques jours plus tard -, la jeune chanteuse française Marie Sarah n’a aucun mal à conquérir l’attention du public en ouverture. Son court set, pour lequel elle est accompagnée d’un guitariste et de bandes, repose pour l’essentiel sur le répertoire (en anglais) de son premier album sorti il y a quelques mois dans un registre pop-soul bien tourné à défaut d’être très original. Porté par l’enthousiasme de la chanteuse, l’ensemble s’écoute sans ennui et est bien accueilli par le public – elle a déjà ses fans et en a sans doute acquis de nouveaux ce soir – qui se réjouit bruyamment quand elle est autorisée à jouer une dernière chanson, une version du You Know I’m No Good d’Amy Winehouse, une de ses évidentes inspirations.
Le temps d’un court entracte et de quelques images censées représenter le New York des années 1970, et Niles Rodgers, tout de rouge vêtu, débarque sur scène armé de sa guitare, suivi par les membres actuels du groupe. Pas de round d’observation, c’est directement avec Le Freak, un de ses plus grands succès, que le concert commence, enchaîné avec trois autres classiques du groupe, Dance, Dance, Dance (Yowsah, Yowsah, Yowsah), Everybody Dance et I Want Your Love, traités en medley comme le seront la plupart des morceaux.
Si le nom de Chic figure en gros sur l’affiche, c’est en fait l’ensemble de l’œuvre de Nile Rodgers (et Bernard Edwards, que Rodgers néglige parfois de mentionner dans son rôle de co-auteur et de co-producteur d’une bonne partie de ce qui est joué ce soir) qui est célébrée, et les titres du groupe sont minoritaires par rapport aux compositions confiées à d’autres artistes comme Diana Ross et Sister Sledge, qui font l’objet du medley suivant (I’m Coming Out, Upside Down, He’s the Greatest Dancer et We Are Family).
Dans son discours, Rodgers est clair : il parle de succès plus que de musique, et ce sont les plus grands succès auxquels il est associé qui sont au programme, et les perles comme Modern Love et Let’s Dance, confiés à Bowie, ou Lost in Music (Sister Sledge) côtoient des titres plus embarrassants, comme le fort laid Lady (Hear Me Tonight) du groupe français Modjo (qui repose sur un sample de Soup for One de Chic) ou Dress You Up, enregistré par Madonna (que Rodgers ne semble par ailleurs pas porter particulièrement dans son cœur). Thinking of You, de Sister Sledge, sert d’hommage à Bernard Edwards, avec projection de photos, et Rodgers salue également la mémoire de Luther Vandross, responsable des chœurs sur nombre de disques du groupe. Si la tendance est à la nostalgie, le programme fait aussi une place à des réussites plus récentes, comme le CUFF IT de Beyoncé, qui a valu un nouveau Grammy à Rodgers, ou le très attendu Get Lucky. Moins habituel, la présence du China Girl d’Iggy Pop, que Rodgers a produit pour Bowie, est une jolie surprise.
Au fil des années, la composition de Chic a régulièrement évolué, et aucune des personnes présentes sur scène en dehors de Rodgers n’a participé aux enregistrements historiques pour Atlantic, même si quelques membres du groupe, comme le batteur Ralph Rolle, présent depuis 2008 et qui bénéficie de son moment soliste, et surtout Jerry Barnes, successeur direct de Bernard Edwards à son décès, et le clavier Richard Hilton, déjà crédité en 1992 sur l’album « Chic-ism ». L’ensemble reproduit sans difficulté le son classique de la Chic Organization et les deux chanteuses en particulier se fondent sans difficulté – mais aussi sans personnalité particulière – dans les traces des interprètes originales, qu’il s’agisse de Madonna ou de Diana Ross. Dans un programme à l’efficacité millimétrée, le seul moment d’émotion vient quand Rodgers annonce la présence de « la première artiste française avec laquelle [il] a travaillé » – il mentionne également Claude Nougaro et Daft Punk -, en la personne de Sheila qui vient reprendre avec le groupe, comme elle l’a déjà fait à plusieurs reprises, le Spacer que Rodgers et Edwards avaient taillé sur mesure pour elle. Si l’effet de surprise est limité, le plaisir évident de la chanteuse et sa complicité avec Rodgers sont contagieux, et la foule reprend avec enthousiasme le refrain du tube de 1979.
Au final, le groupe revient au répertoire de Chic avec l’autre énorme tube du groupe, Good Times, au cours duquel Nile Rodgers, qui n’a jamais prétendu être chanteur, prend le micro pour interpréter quelques strophes de Rapper’s Delight, le classique hip hop de Sugarhill Gang construit autour de la même ligne de basse… Pas de rappel pour le groupe, dont la prestation a durée 90 minutes pile, mais Rodgers reste longuement sur scène pour signer quelques disques et serrer les mains de spectateurs qui n’en demandent pas plus… Si le show a quelque chose de frustrant au plan artistique, il est parfaitement calculé pour le public de la nostalgie, qui ne demande pas plus que d’entendre les chansons qu’il aime, et tant pis pour les autres, qui ne doivent pas être bien nombreux dans la salle.
Frédéric Adrian