Camille Bertault, dans les pas d’une future grande

12 Dec 2018 #Le Jazz Live

Pour la quatrième des Jeudis Jazz Magazine du Bal Blomet, la jeune chanteuse Camille Bertault s’est mise en trois. À sa droite, le pianiste Dan Tepfer, à sa gauche, le (contre)bassiste Christophe Minck. Face à elle, un public médusé qu’elle a réussi à mettre dans sa poche en quelques minutes seulement.

Ma voisine de gauche me souffle à l’oreille qu’elle n’aime pas sa robe rouge.Mon voisin de droite la préfère les cheveux défaits qu’avec son petit chignon vissé sur le haut du crâne. Devant moi, un couple échange à mots couverts : « Tu ne trouves pas qu’elle en fait un peu trop parfois ? – Oui, c’est vrai qu’elle bouge comme si elle voulait s’échauffer avant un cours de gym... Mais elle est jeune... » À la fin du concert, pourtant, tout ce beau monde applaudit comme un seul homme cette jeune femme promise à un avenir radieux. Il faut dire que Camille Bertault a tous les atouts nécessaires pour envisager une carrière taille patronne : un sens du rythme d’une précision étourdissante, une justesse infaillible, un timbre mat et mutin, un phrasé sensuel et rieur, une culture jazz – et classique – qui affleure à chaque instant.

BERTAULT PhotoLes jazzfans de la génération YouTube le savent depuis un moment déjà : il faut avoir une bonne dose de folie pour oser écrire des paroles en français sur Giant Steps de John Coltrane et les chanter sur un tempo d’enfer sans écorcher ni même savonner un seul mot. À pas de géant chanta donc Mademoiselle Bertault jeudi soir sur la scène du Bal Blomet, et l’on se dit, robe rouge ou pas robe rouge, chignon ou pas chignon, que cette jeune femme pétillante et (certes) montée sur ressort n’était pas seulement que le énième phénomène du Net aux contours artistiques flous, mais bien une authentique musicienne qui, déjà, fait bouger les lignes entre jazz, chanson, humour et séduction. Et en s’affranchissant du poids des influences, pas si faciles que ça à repérer chez elle : Camille Bertault a tout d’une originale.
Forte de sa complicité avec ses musciens – avec Dan Tepfer, l’osmose est des plus créatives – et du répertoire qui constituera la base de son second album, Camille Bertault enchaîne avec gourmandise chansons de sa plume (Winter in Aspremont) finement ciselées dans la langue de Molière (qu’elle fait swinguer sans effort), et reprise inattendues : Comment te dire adieu, petit bijou pop sixties de François Hardy (paroles de Serge Gainsbourg) et, ô surprise, Conne de Brigitte Fontaine.

Celles et ceux qui étaient au Bal Blomet pourront dire « J’y étais ! ». Les autres devront patienter jusqu’au 20 janvier prochain : Camille Bertault sera l’une des têtes d’affiche du troisième Jazz Magazine Festival. La veille, “Pas de géant” aura fait son apparition sur les facings des disquaires. 2018 sera-t-elle l’année du sacre de Camille Bertault ? Quelques minutes après le concert, plus grand monde ne semblait en douter autour de moi... •

Single digital Déjà disponible (Comment te dire adieuWinter in Aspremont)
CD “Pas de géant” (Okeh / Sony Music, sortie le 19 janvier 2018)
Concert Le 20 janvier 2018 à Paris (Le Trianon, Jazz Magazine Festival)

EN KIOSQUE

20181201 - N° 712 - 116 pages

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