Jazz à Luz 2016 (4)

20 Jul 2016 #Festivals

Dernière journée pour le festival Jazz à Luz, dominée par une belle promenade dans les villages de Sazos et Grust, avec des concerts ponctuels, des paysages sonores, et de la joie de vivre en fin de soirée. Conclusions d’un cru 2016 de la plus haute tenue.

Samedi 16 juillet 2016

Excursions artistiques en pays Toy, « Jazz en marche » #2

Comme l’an passé, une marche dans les villages de la communauté de communes du pays Toy constituait l’un des attraits du millésime 2016. Comme l’année dernière, elle remporta beaucoup de succès avec près de 150 personnes déambulant d’église en église, de chemin de terre en parcelle de piste GR. Il n’est pas possible de rendre compte de l’intégralité de l’excursion. Que l’on en juge par son programme suivant (dévoilé au fur et à mesure du parcours) sous la forme d’un portfolio :

AntoninTriHoang11h : solo d’Antonin-Tri Hoang à l’église de Sazos

BDC212h30 : repas des moutonniers à Grust, animé musicalement par les musiciens de BDC la veille (avec quelques renforts). Celui-ci était précédé par un solo improvisé de Richard Comte que l’on pouvait entendre dans les fourrés en marchant vers le village

Dumoulin Herer13h30 : trio improvisé par Jozef Dumoulin, Julien Pontvianne et Alexandre Herer

LeJunter1 LeJunter214h15 : installations sonores dans le bas de Grust manipulées par Inge avant celles de Frédéric Le Junter dans l’église de Grust

Comte15h : solo de Richard Comte

LeJunter315h45 : redescente vers Sazos agrémentée par les sonneries des trompes improbables de Frédéric Le Junter, d’un solo de contrebasse de Youen Cadiou, d’arcs à élastique par Frédéric Le Junter et Inge

Cadiou LeJunter416h15 : improvisation libre par Julien Pontvianne, Antonin-Tri Hoang, Jozef Dumoulin, Alexandre Herer et Richard Comte

ImproSextet

Parmi toutes ces manifestations, la prestation d’Antonin-Tri Hoang marqua les esprits (et sans doute le sien puisque c’était, confia-t-il, la première fois qu’il jouait en solo devant autant de personnes). Il faut dire qu’il construisit son improvisation libre de manière admirable. À la différence de l’ensemble des solos improvisés donnés au cours du festival, Antonin-Tri Hoang ne se cantonna pas dans le son puisqu’il pensa également en termes de notes. Pour résumer sa pensée en action, le saxophoniste commença par lancer des sons qu’il agença par alternance, les reliant et les associant de manière de plus en plus serrée ; vint une deuxième phase constituée de bruits de clé ou d’anche, de souffle sans hauteur de notes, le tout en superposition de tempo ; cela précéda un autre moment où, tels des satellites, des éléments du début apparurent de nouveau ; un quatrième moment s’enchaîna avec cette fois des hauteurs de notes précises, Antonin-Tri Hoang élaborant alors un développement tout en illusion polyrythmique grâce aux sauts de registres, à un art consommé de l’accent, le processus musical passant progressivement du successif au superposé.

Autre moment intense, celui du trio Dumoulin/Pontvianne/Herer. Répartis sur deux étages en pente, les musiciens réussirent le pari de s’intégrer au milieu ambiant, la fin du court solo de Jozef Dumoulin entraînant l’auditoire à s’immerger dans les sons environnants (bruit du vent dans les feuilles, chants des oiseaux, quelques aboiements des chiens, crissements de pas sur le gravier…) avant que le son d’abord infinitésimal de Julien Pontvianne naisse de ce paysage sonore bientôt suivi par l’entrée d’Alexandre Herer. Une musique environnementale.

Les petites machines sonores automatiques, au résultat aléatoire, de Frédéric Le Junter offrirent un autre très beau moment de poésie onirique, de même que la musique toute de longues tenues de la quasi totalité des improvisateurs en fin de parcours.

Samedi 16 juillet 2016, Luz-Saint-Sauveur, chapiteau du verger, 21h

Ostaar Klaké

Florian Nastorg (as, bs), Marc Démereau (ss, bs), Nicolas Lafourest (elg), Lina Lamont (cb, vx), Fabien Duscombs (dm).

L’honneur de clore le festival revint en première partie à la formation toulousaine, Ostaar Klaké. La charpente de cette musique s’appuie sur une base rythmique rock et des souffleurs d’obédience free. Portés par une énergie volontariste, les musiciens ont su trouver un équilibre (délicat à obtenir) entre le mélodico-rythmique modal et l’expressionnisme dru, à l’image de la musique de Pharoah Sanders, qui fut à l’origine de leur rencontre – la pulsation régulière marquée demeurant quasiment toujours présente avec les Ostaar Klaké. Si la débauche d’énergie semble être privilégiée, c’est pourtant les morceaux lents que j’appréciai le plus. Car alors, la dimension un rien forcée des autres interprétations laissa la place à un authentique lâcher-prise d’une profondeur plus certaine.

OstaarKlaké

Samedi 16 juillet 2016, Luz-Saint-Sauveur, chapiteau du verger, 23h30

Pixvae

Alejandra Charry, Margaux Delatour (vx, perc, kb), Jaime Salazar (congas, perc, vx), Romain Dugelay (bs, kb), Damien Cluzel (elg baryton), Léo Dumont (dm).

Pixvae1

Le clou de la soirée fut l’improbable Pixvae. La formation propose en effet une sorte de latin hardcore des plus inattendus. Sorte de fraternité trouvée entre l’ombre et la lumière, le trio vocal latin pose ses chants chaleureux d’Amérique du Sud sur le gros son et les riffs ra(va)geurs souvent fondés sur l’asymétrie du trio Kouma, la face power trio (guitare/sax baryton/batterie) du groupe. L’euphorie gagna rapidement et le public, et les musiciens. Une sorte d’osmose s’établit ainsi entre eux au point que Jaime Salazar se lançant dans le public, pour une sorte de tour d’honneur à bout de bras (dans les soirées punk, on appelle cela le stage diving). Une nouvelle fois, le festival de Luz avait trouvé comment finir en beauté en comblant de plaisir autant les amateurs de musique que le public jeune des environs !

Pixvae2

Tout ce beau monde se retrouva à la Maison de la vallée où, à partir d’1h30 du matin, le quartette The Fat Badgers[1] proposa sa disco funk très second degré (pour ce qui concerne le décorum et l’apparat, les interprétations musicales se révélant très sérieusement menées) pour prolonger cette nuit d’été qui n’aurait pas dû finir.

FatBadgers

[1] Cyprien Steck, alias Léopart DaVinci (vx, kb), Jérémie Gomar (elg), Rémi Bouet (dm).

EN KIOSQUE

20181201 - N° 712 - 116 pages

Le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani s’éteignait à New York. Quelques mois plus tôt, le jazzman le plus populaire de...