La joyeuse énergie du Dexter Goldberg Trio

24 May 2018 #

 

Vendredi dernier, le  Dexter Goldberg trio fêtait au Sunside la sortie de son très chouette premier disque, Tell me something new (chez Jazz and People)

Dexter Goldberg (piano), Bertrand Beruard (contrebasse), Kevin Lucchetti (batterie), le Sunside , 18 mai 2018

Ce qui me frappe d’abord dans la musique de ce jeune pianiste formé au CNSM, c’est l’énergie. Une énergie joyeuse, fraîche, pimpante, communicative. Beaucoup des morceaux joués ce soir au Sunside (comme sur le disque, ce sont essentiellement des compositions sauf une reprise de  I’ll remember April et de Cedar’s Blues)  se caractérisent par une irrépressible vitalité : le piano jaillit, il y a des parenthèses, des détours, des pauses, puis une nouvelle cavalcade fulgurante et joyeuse et ainsi de suite. Cela confère à la musique quelque chose de haletant. Elle semble toujours aller de l’avant. On retrouve cette atmosphère dans RER B, ou sur Tell me something new, le morceau éponyme du disque, course émaillée de pauses rêveuses, comme si le sprinter, tout à coup , s’était découvert l’envie de cueillir des myrtilles ou d’admirer la lune.

 

L’autre chose qui me frappait, en écoutant cette musique, c’est la cohésion du trio. Bertrand Beruard, Kevin Lucchetti, Dexter Goldberg : voilà trois musiciens qui avancent groupés , un peu à la façon de Prysm il y a quelques années (d’ailleurs, il n’y a pas de hasard, le pianiste de Prysm, Pierre de Bethmann était le prof de piano de Dexter Goldberg au Conservatoire). Par exemple dans Tell me something new,  on entend Dexter qui joue un ostinato repris ensuite par Bertrand Beruard et qui servira (pendant quelques instants, car il y a de nombreux rebondissements dans ces compositions) de fil rouge du morceau. Les trois musiciens (aux regards échangés, on voit qu’ils sont vraiment amis) forment donc un triangle parfaitement équilatéral, où la basse et la batterie ne sont pas là pour soutenir le pianiste et le mettre en valeur,  mais pour dialoguer avec lui, le provoquer, l’interroger, le contredire au besoin. L’énergie circule de l’un à l’autre sans retomber.  

 

Bertrand Beruard a des lignes de basse vibrantes, puissantes, qui font de lui un chef de meute particulièrement efficace (par exemple dans A chord into me).  Quant à Kevin Lucchetti, il fait partie de ces batteurs surdoués qui sont aussi à l’aise pour ciseler la dentelle que pour forger l’acier trempé. Lui aussi maîtrise à merveille l’art du jaillissement d’énergie : A certains moments il fait jaillir une avalanche de propositions rythmiques si foisonnante qu’on a l’impression qu’il se dédouble.

 

Et Dexter ? je trouve que depuis trois ans son jeu s’est ouvert. Quand je l’ai écouté pour la première fois il avait déjà la virtuosité, le swing, la délicatesse mais il me semble qu’il a gagné en abstraction, avec des passages impressionnistes qui donnent de la. J’ai perçu cela notamment dans sa relecture de I’ll remember April, où le thème, au début, nous parvient à l’état de bribes, d’échos, comme s’il était joué derrière une vitre invisible.

 

 

Cette vibration poétique est repérable aussi dans Camille, une ballade qu’il joue à la fin du concert en la dédiant timidement à sa fiancée. Si ce trio très soudé arrive à arpenter ces nouvelles terres, celles de l’émotion et du lyrisme, tout en conservant son énergie, on sera comblés.

Texte : JF MONDOT

Dessins : AC Alvoët (autres textes, dessins, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)

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