Carte Blanche à Ambrose Akinmusire à Nogent-sur-Marne
Théâtre Antoine-Watteau, 19 février
Une salle comble enthousiaste et attentive pour une soirée complète dédiée à Ambrose Akinmusire un jeudi soir : c’est de ce genre de miracle, qui repose autant sur la popularité propre de l’artiste que sur son travail de passeur de musique que tient sa légitimité un festival comme Sons d’Hiver.
Le musicien aurait dû passer au festival l’an passé, mais le décès de sa mère l’avait contraint à annuler, et il dédie son programme à la mémoire de celle-ci ainsi qu’à Michel Portal, avec qui il avait régulièrement joué au cours des années 2010,. C’est sur une prestation en solo, Beauty is Enough, que s’ouvre la soirée. Inspirée de l’album du même nom, paru en 2023 et enregistré à Paris dans l’église Saint-Eustache déserte, la prestation marque la première fois que Akinmusire se produit seul devant un public en France et est un vrai beau moment de musique en suspension. Pas d’effets ou presque, juste le souffle du musicien médiatisé par sa trompette, pour une série de compositions originales contemplatives, et un public qui retient sa respiration pour laisser toute la place au son. Akinmusire tire le maximum de son instrument, jusqu’à des graves inattendus, au service d’une expressivité intense. Pas besoin de mots ou de commentaires pour accompagner une musique dont l’accès est finalement plus simple que ce qui pourrait s’imaginer.
Le temps d’un court entracte et le musicien est de retour, accompagné de son trio habituel, avec Sam Harris au piano, Justin Brown à la contrebasse et Harish Raghavan à la batterie. Tous trois sont des fidèles de l’univers du trompettiste depuis plus de dix ans, et la complicité entre les musiciens est évidente sur un répertoire qui emprunte à ses derniers albums ainsi qu’à un disque à venir. Leader généreux, il partage volontiers les solos avec ses camardes de jeu, et permet en particulier à Sam Harris, qui ouvre le set d’une longue partie non accompagnée, de se mettre en valeur. Visiblement inspiré, Akinmusire dépasse volontiers le temps imparti et c’est un public comblé qui se lève pour le saluer à l’issue d’une prestation destinée à rester dans les mémoires.
Frédéric Adrian