Jazzanova au New Morning - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 11 Mar 2026

Jazzanova au New Morning

7 mars 2026

Fondé il y a une trentaine d’années, le collectif de DJs berlinois Jazzanova, qui a publié son premier album en 2002 après une série de single et de EP, a depuis fait décliné sa musique en version organique, avec  la naissance d’une version live, responsable en particulier d’un très bel hommage au catalogue de Strata Records sorti en 2022. C’est donc en version « Full Live Band » (Jan Burkamp à la batterie, Christoph Adams aux claviers, Stefan Ulrich au trombone et aux machines, Christoph Bernewitz à la guitare, Florian Menzel à la trompette, Paul Kleber à la basse et Julian Konrad à la flute et au saxophone) que le collectif se présentait ce soir, pour la troisième fois depuis 2018, devant un New Morning, comble. Le répertoire puise dans les différents disques du groupe et propose donc des versions réarrangées de ses classiques qui mettent en avant les différents solistes. Par l’intermédiaire des machines maniées par Stefan Ulrich, les éléments électroniques se mêlent à l’instrumentation organique, et c’est ainsi que la voix samplée de Doug Hammond apparaît sur « Dance The Dance », un des titres phares de l’album In Between. Annoncée sur le programme, la chanteuse Clara Hill, habituée des projets du collectif est finalement absente, et c’est son chant enregistré qui orne le classique « No Use ». Ce recours récurrent aux samples est d’ailleurs la principale limite du début du concert, car la nécessité de jouer « autour » d’enregistrements limite évidemment la place laissée à l’improvisation et à la spontanéité. Le respect de la démarche de collectif de Jazzanova a aussi pour conséquence l’absence d’un leader affiché ou à tout le moins d’un musicien en charge de la communication avec le public, et le jeu de scène minimaliste des musiciens donne une impression de distance qui n’aide pas à entrer dans la prestation. L’arrivée sur scène du chanteur Wayne Snow est l’occasion d’un changement de dimension bienvenu… hélas interrompu après un titre par l’entracte !

Snow est heureusement de retour dès la reprise, et sa présence apporte un dynamisme supplémentaire à la prestation, qui se traduit dans les réactions d’un public jusqu’ici relativement passif – il y a d’ailleurs une déperdition certaine pendant la pause. A défaut d’être un chanteur très distinctif, Snow n’a aucune difficulté à se mettre à la place de ses prédécesseurs, s’appropriant par exemple sans difficulté le « That Night » chanté à l’origine par Vikter Duplaix, ou le classique « The One-Tet », issu du premier album. Sa présence semble stimuler les musiciens, et le concert peut se finir en beauté sur une série de titres très attendus par le public, parmi lesquels l’instrumental « Days To Come ». Trop inégal pour être totalement convainquant, le concert confirme néanmoins le potentiel réel de ce type de déclinaison scénique de disques qui étaient à l’origine de purs produits de studio…

Frédéric Adrian