Eymet: No(w) Beauty, jazz beautés cachées
Now Beauty: Enzo Carniel (p), Hermon Mehari (tp), Damien Varaillon (b),Stéphane Adsuar (dm)
Le Maquiz Art, Château d’Eymet (24 500), 4 avril
Ça tient à un rien une programmation. Mais pour une association dans un village de deux mille cinq cents âmes, ça peut se jouer façon tapis, le tout pour le tout. Alors, même s’il ne l’avait pas prévu au départ pour annoncer le premier concert à se dérouler dans la salle du château après les municipales, Laurent Pasquond, président de l’asso Maquizart n’a pu s’en empêcher « Je remercie le maire récemment réélu: grâce à la subvention reconduite de la municipalité, nous allons pouvoir poursuivre le travail de présentation des concerts entamée ici à Eymet depuis 21 années maintenant »
La formule établi!e préside d’un rituel. Les spectateurs consommateurs ont la possibilité de se restaurer en face à face une heure durant. Puis une main de bénévole passe allumer une bougie sur la table. C’est là le signal. Tout un chacun se tourne dès lors vers la scène. C’est parti. Il est temps, en dessert ou digestif spirituel, de savourer la musique. Exclusivement.

No(w) Beauty offre pour signature première (Atlantic Currents) un son de trompette direct lancé franc dans l’espace sans effet vibrato, sans trémolo. Hermon Mehari soigne les attaques. Ceci posé, pour marquer le contexte, en toute circonstance le piano, dans le quartet, assure le lien. De fait chaque instrument joue son rôle, assure sa partition. Un exposé de mélodie claire (cuivre plus clavier) intervient au naturel sur une base, fût-elle sciemment minimaliste, de caisse claire résonnant de frappes simples (Art of four) Ou à partir de riffs répétés, entretenus le long d’une phase très étirée, le carré de musiciens laisse se dérouler une longue pièce musicale égrenée d’explosions de piano, accords plantés drus doublé d’un lâcher de notes en grappes de floraison instantanée. La trompette y ajoute des pics d’aigües en série. Pour un ressenti global de climats, couleurs contrastées en flashs successifs (Mad) Un travail orchestral collectif marqué de beaucoup d’écoute. S’y impose une recherche sur les sonorités et la qualité du son à définir en commun. Témoin derrière une phrase initiale de trompette, la construction, la mise en place partagée de moments aériens, reproduction d’espace poussant en decrescendo jusqu’à la limite du silence (Inner spaces) Au passage Enzo Carniel donne alors à ses figures de piano développées à deux mains de singuliers motifs de circularité.

Le second set confire d’entrée un son de groupe compact marqué d’une intensité conjuguée, partagée. Les lignes instrumentales s’enroulent, se déroulent, croisent dans un élan mis en commun. Les contrastes s’imposent dans le flux musical. Des champs de force appuyée succèdent aux temps de relaxation. Ce visage du jazz vit par le jeu très naturel ici de l’improvisation. Une philosophie qui n’empêche en rien le travail d’édification, de préparation anticipée: The birds enlightened path conçu à partir des mots du poéte Zeno Bianu accouche d’une construction progressive du piano jusqu’à la création de motifs répétitifs façon Steve Reich avec le soutien très prolixe de la batterie. Avant que la basse, son net mais plutôt retenu ne pose ses pas de danse. No(w) Beauty, c’était effectif dans le dernier album((un) Seen) cela se confirme en live, parie aussi sur le rythme fusse au besoin en douceurs façon comptine au travers d’accents cuivrés on ne peut plus léger signés Hermon Mehari. Et puis le jazz, on y revient on y reste, a toujours su, voulu soutenir dans son mouvement perpétuel les pas de danse. No(w) Beauty, quelquefois certes un peu caché dans son intention première demeure malgré tout fidèle à ce précepte historique de base. Témoin cette conclusion (Second glance) en mode de progression prononcée sur une forte échelle rythmique. Point d’orgue en accord parfait avec une chaude journée pascale printanière.

Robert Latxague