Un conte de jazz persan à Eaubonne avec Arshid Azarine et son trio - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 23 Avr 2026

Un conte de jazz persan à Eaubonne avec Arshid Azarine et son trio

Dans le parc de Mézières, à Eaubonne, à une demi-heure de Paris, il existe une salle où le mardi soir ne ressemble pas aux autres soirs. Dans la salle de l’Orangerie, les chaises se rapprochent, les regards aussi. Des visages fidèles, d’autres venus pour découvrir, des mains bénévoles, et des nappes à carreaux. L’entrée est libre, le lien aussi. Ici, le jazz rassemble. Et ce soir, il parle persan avec Arshid Azarine et son trio.

On raconte que depuis plus de vingt-trois ans, une petite confrérie veille ici sur le jazz. Pas de faste, pas de distance, juste le désir de réunir autour du jazz. Une fête hebdomadaire à l’échelle communale. Des passionnés de jazz ont fondé l’association, François Masse, Pascal Bivalski, Annie Alain.Aujourd’hui ce sont le contrebassiste François Masse et le batteur Julien Francomano qui veillent à la programmation.

Ce soir-là, ce 21 avril, un mardi de jazz à Eaubonne, le voyage vient d’ailleurs. On dit qu’un homme, Arshid Azarine, pianiste de jazz et radiologue cardio-vasculaire, connaît les battements du cœur mieux que personne. Il les observe dans les images, il les écoute dans le silence des salles médicales. Puis, le soir venu, il les fait résonner sur un piano. À ses côtés, deux compagnons de route : Habib Meftah, dont les mains et la voix portent l’écho de la mémoire du sud de l’Iran, et Hervé de Ratuld, qui relie la terre au ciel avec ses lignes souples, entre basse électrique et contrebasse.

Voyage en Perse : entre poésie et jazz

Premier morceau, premiers accords, pas tout à fait sages, couleurs pop mais chromatismes dissonants, comme pour prévenir. « C’est pour se mettre en symbiose », glisse Azarine.Alors on s’approche, on écoute, on entre. Le conte peut commencer.

Il y a les oiseaux. Ceux de  La Conférence des oiseauxde Attar,  poète persan  du 12ème siècle . Ils traversent des vallées, celle de la peur, celle du doute, et puis celle de l’amour. « 7 Djan » devient chemin. Et le piano raconte. mélodieusement. Le public est touché et se laisse guider. Puis viennent des villes. Erevan, Tabriz, Teheran. Des noms qui deviennent mélodies. Un voyage harmonique en jazz aux nuances modales 

Et soudain, un chiffre. 75.2 battements par minute. Ce n’est plus une abstraction, c’est un corps, celui des victimes de l’oppression du regime de la République Islamique d’Iran. Le jazz se souvient d’où il vient, d’un combat, d’une nécessité de liberté. On rappelle à voix basse qu’en Iran, jouer cette musique a parfois été interdit, et même passible de prison. Arshid Azarine et Habib Meftah incarnent ce combat dans leurs histoires personnelles, leurs cœurs et leur musique. Alors chaque note pèse. Chaque silence aussi.

Le second set s’ouvre comme un feu qui reprend. « Abann ». Mois de révolte. « Tchehelcheleh ». Et la voix de Habib Meftah qui s’élève et qui porte des souvenirs tragiques mais aussi de l’espoir, et c’est peut-être là le sens de ce conte persan. Puis « Vorticity ». « Dans tout chaos , se forme un vortex d’Amour, d’où s’érigent, des tourbillons de vie ». La voix d’Arshid Azarine remplace celle de Golshifteh Farahani,  présente sur l’album live du trio.  Tout s’aligne :  le sens, le son, les pulsations. Car il n’y a que cela ici : l’amour, du jazz, des gens, un instant partagé avec simplicité et c’est ce qui fait la beauté de la soirée. Les paillettes ne sont pas dans les artifices mais dans le regard des gens du public, les voisins ou les habitués, venus découvrir un jazz qu’ils  ne connaissent pas, celui qui porte l’histoire de l’Iran.

Le jazz comme lien humain

Dans la salle, Florence Briquet , adhérente et secrétaire de l’association, sourit. Elle présente le concert de ce soir, elle veille, elle compte. « Nous avons près de 220 adhérents ». Mais ce chiffre ne dit rien de l’essentiel, de ce qui circule entre les rangées, de ce lien qui se tisse sans bruit. Ici, depuis vingt-trois ans, des musiciens passent. Jean-Michel Pilc, Fabien Mary, Laurent Epstein et bien d’autres. Ils viennent jouer, donner, recevoir. Comme ailleurs, mais autrement.Parce qu’ici, le jazz retrouve sa fonction première : créer du lien humain. Et quand la dernière note s’éteint, personne ne part vraiment. On reste un peu, on rêve un peu,  comme dans les contes.

Visuel : © Arshid Azarine

https://www.eaubonnejazz.org

Arshid Azarine trio sort son nouvel album live le 24 avril 2026.