Daniel Huck est parti - Jazz Magazine
Actualité
Publié le 25 Avr 2026

Daniel Huck est parti

C’est sur un mot de son ami Philippe Baudoin sur facebook que je l’apprends: Daniel Huck est mort. C’est un pan du jazz français qui s’effondre plus énorme que ne se l’imagine un large partie du public qui ne sera peut-être pas même prévenu par les médias.

Énorme deuil, parce que par son érudition quant à un âge du jazz que l’on a tort d’oublier était énorme, irremplaçable, acquise et transmise sur le mode de la tradition orale; parce que son saxophone et son chant incarnait cet espèce de machin qu’on appelle le swing, que tout le monde connaît sans savoir comment le définir, cette espèce de plasticité qui donne au phrasé quelque chose de d’inexorable, irrépressible et irrésistible. Je fréquentais peu les scènes où il était chez lui – oh! D’ailleurs, il était chez lui partout, de l’Anachronic Jazz Band où il interpréta un ‘Round Midnight hors d’âge, au Multicolor Feeling où, sur Come On DH, son saxophone galvanisait la Multicolor Fanfare d’Eddy Louiss avec un charisme de prêcheur baptiste le jour de la Pentecôte –, mais chaque occasion de l’entendre me flanquait des frissons pour la nuit qui suivait. Je me souviens d’un soir, dans le cloître des Célestins à Avignon, alors les artistes et le public du Tremplin différaient indéfiniment l’heure de se séparer, Daniel déclara qu’il voulait dire adieu à toutes les dames présentes. Il entama alors un blues, seul, sans accompagnement, d’une intensité qui fit blêmir de jalousie tous les hommes présents. Daniel !

Franck Bergerot

Ci-dessus, une photo – sur un film poussé à l’extrême – prise lors de l’enregistrement de la Multicolor Fanfare alors qu’il faisait travailler sa partition à Alain Guerrini qui, s’il existe un paradis, lui aura fait le meilleur accueil. Travailler une partition avec Daniel, ça m’est arrivé moi aussi, lors d’un enregistrement avec une autre fanfare rassemblée par les Primitifs du Futur autour de Didier Roussin. Eh bien, même moi, il arrivait à me faire swinguer. Et je vous renvoie au 7ème film de mes archives photographiques consacré à un concert du groupe “Happy Feet” qu’il avait monté avec Philippe Baudoin en 1981.