À PARIS au SUNSIDE, reprise des concert avec RAMONA HORVAT

20 Jun 2020 #Concerts

Ce vendredi 19 juin 2020, la rue des Lombards renaissait au jazz vivant, après le sinistre tunnel de la pandémie. Le Sunside est le premier à rouvrir ses portes au public, par trois jours de concerts à entrée libre, avec jam sessions, mesures-barrières et bonne humeur retrouvée.

Le chroniqueur, toujours avide de humer l’atmosphère musicale, est là dès la balance, à 18h30. Le trio de Ramona Horvath s’assure que le son est au point et peaufine les unissons sur quelques passages un peu périlleux.

Puis le chroniqueur s’en va dîner à deux pas, rue des Lavandières Sainte-Opportune, au Vieux Comptoir, qui jouxte le défunt Petit Opportun. Ce restaurant est un endroit où beaucoup de jazzmen, jazzwomen et autres jazzophiles aiment à faire escale. La salade de poulpe et son sancerre blanc préludent à un délicieux tataki de thon, et sa mi-cuisson idéale, accompagné d’un vigoureux pic saint-loup. Que le lecteur se rassure : le vieux chroniqueur bénévole dîne à ses frais, et ne met donc pas en péril par ses agapes la fragile économie de la presse spécialisée….

C’est l’heure : le Maître de céans, Stéphane Portet, avant de présenter les artistes, dit son bonheur à retrouver la vie du club. La parenthèse a été longue pour son équipe, comme pour les musiciens et le public.

RAMONA HORVATH TRIO

Ramona Horvath (piano), Nicolas Rageau (contrebasse), Philippe Soirat (batterie)

Paris, Sunside, 19 juin 2020, 21h15

La pianiste roumaine avait joué en mars au Sunside pour l’ultime soirée d’avant confinement ; et elle reviendra le 23 août dans le cadre du festival Pianissimo, pour un hommage à Billy Strayhorn. Sa présence pour cette réouverture a force de symbole. Le premier set commence avec la musique d’Ellington. Le sonorisateur veille au grain et taquine sa console installée en vertical pour ménager l’espace disponible

Sur Just Squeeze Me, on garnérise un peu, ce qui est de circonstance dans cette atmosphère de retrouvailles détendues. Jusqu’au milieu de la salle, le public est très attentif. Vers le bar ça se complique : conversations bruyantes, interpellations sans égards pour la musique. Ambiance de fête en somme, mais durant ces quelques instants, heureusement furtifs, la musique n’est pas à la fête ! Un échange de solo en 8 mesures, puis en 4 : quelques spectateurs applaudissent après chaque furtif solo. Il est vrai que le rituel du concert de jazz consiste, paraît-il, à saluer chaque fin de solo, au risque de couvrir la transition qui suit ; ce peut être lassant. Mais le public aussi a besoin de reprendre ses marques, et ceux qui applaudissaient toutes les quatre mesures retrouvent vite le chemin des bons usages….

Entre deux titres la pianiste présente ses musiciens, et elle dit son plaisir d’être là, après cette trop longue parenthèse coronavirale. Puis la musique reprend ses droits. Pendant un thème d’inspiration latino-américaine, une sorte de mambo, l’attention du public se relâche, et le niveau sonore du bar va croissant. Heureusement le titre suivant, après une intro de piano rhapsodique, va développer des unissons piano-contrebasse sur des accents bebop qui vont remobiliser les neurones des auditeurs et auditrices. Puis pour la fin du set, le piano mêle les climats de Ray Bryant et Tommy Flanagan à une certaine énergie bop. Ça balance, le public aime ça, le chroniqueur itou. C’est la première pause. Après d’autres musiciens se joindront au trio (voir la chronique, voisine sur ce site, de Jean-François Mondot).

Le chroniqueur doit songer à regagner ses pénates : ce soir encore, pas de RER ‘E’. C’est devenu un classique depuis environ 2 ans : travaux, grande grève des transports, pandémie…. La banlieue Est vit cela comme une relégation. Il faudra aller chercher la ligne 5 Gare du Nord, descendre au terminus à Bobigny. Attendre plus de trente minutes un bus qui sera bondé, d’autant que plusieurs mètres-carrés sont condamnés, près du poste de conduite (déjà isolé) : le conducteur et les passagers ne sont pas égaux devant le risque sanitaire…. Arrivée à bon port après une heure cinquante quand habituellement (enfin l’habitude est un souvenir ancien) il faut 35 minutes à cette heure là pour le même trajet. Malgré tout le chroniqueur est heureux, comme un enfant auquel on rend son jouet favori : un vrai club avec des vrais artistes, en chair et en os. Bref une belle soirée.

Xavier Prévost

Programmes à venir au Sunside en suivant le lien ci-dessous

https://www.sunset-sunside.com/concert/2020/6/ 

Brève de jazz

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