Yves Rousseau et Jean-Marc Larché, l’art de l’épure

30 Jan 2019 #Le Jazz Live

Lundi dernier, dans le cadre intimiste de la galerie Paul Fort, le duo Continuum, composé de Jean-Marc Larché et Yves Rousseau a donné un concert où la mélodie était reine.

 


Jean-marc Larché (saxophone soprano, et alto), Yves Rousseau (contrebasse), galerie Paul Fort, 75 014 Paris, Lundi 21 janvier 2019

 

Voici un duo, le duo Continuum, qui ne dévie pas de l’essentiel: la mélodie. La mélodie reine, mais la mélodie nue, sans fards, sans paillettes, sans oripeaux. Chacun des morceaux joués ce soir (uniquement des compositions signées des deux musiciens) possède l’évidence de folk songs . C’est en particulier le cas de Ambre, le premier morceau du concert, que l’on doit à la plume de JM Larché. Dès ce premier morceau, les deux musiciens communient à haute altitude dans un lyrisme aimanté par ligne claire. L’évidence chantante de ce qu’ils jouent est particulièrement sensible dans les unissons ou dans les passages en contrepoint (l’ombre tutélaire de Bach, à qui ils dédient une suite n’est bien sûr jamais très loin).
La réussite du duo tient aussi à la complémentarité de leurs deux sonorités. Celle de Jean-Marc Larché est pure et cristalline, particulièrement au soprano. A l’alto il trouve le moyen de l’altérer et de la froisser légèrement par de délicats effets de timbre. Chez Yves Rousseau je perçois un son puissant, vrombissant , tellurique. Il donne le sentiment qu’il peut faire à volonté sortir un orage de la caisse de sa contrebasse. Je ne sais s’il s’agit d’une de ses influences avérées, mais j’entends dans son approche un cousinage avec la sonorité et l’esthétique du grand NHOP. En tous cas sa sonorité fauve et mordante apporte une énergie vitale qui complète à merveille tout ce qu’il y a de diaphane chez Jean-Marc Larché. C’est ainsi que le duo trouve son équilibre.
Parmi les compositions jouées ce soir, les plus réussies me semblent celles qu’Yves Rousseau a dédiées à certains de ses peintres favoris: Hundertwasser, ou encore Miro (avec un double sens puisque Miro est aussi le surnom du grand Miroslav Vitous). Le concert se termine par la bouleversante musique qu’Yves Rousseau a composée pour habiller un texte non moins poignant,  les stances galantes de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. Même sans la voix de Jeanne Added, qui avait initialement interprété ce texte, cette musique reste sublime. En relisant mes notes, quelques jours plus tard, j’ai la curiosité de compter toutes les fois où j’ai griffé le mot « sublime » dans mon carnet de notes en réagissant spontanément à la musique. Sur cette échelle de Richter de l’enthousiasme qui m’est propre, on est pas loin du maximum. Magnifique duo.

texte: JF Mondot

Photo: Jeff Humbert

Brève de jazz

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

Palmarès.

C’est l’Auxane Trio du pianiste Auxane Cartigny avec le contrebassiste Samuel F’hima et le batteur Tiss Rodriguez qui a remporté l’édition 2018 du prix international Jazzymatmut dans le cadre des actions culturelles du Groupe Matmut. Le trio a touché un chèque de 8 000 €. 2ème prix : le quartette de Ludovic Ernault (5 000 €). 3ème prix : l’Eugène quintette (2 000 €). Auxane Cartigny avait ouvert la série de des 20 pianistes à suivre publiée tout au long du mois d’octobre dans les Bonus de jazzmagazine.com.

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20190301 - N° 714 - 100 pages

Il y quatre-vingts ans naissait Blue Note. Afin de célébrer comme il se doit cet anniversaire, Jazz Magazine consacre son...