Lakecia Benjamin au New Morning
13 octobre
Bientôt quadragénaire mais active depuis une bonne vingtaine d’année sur la scène musicale, Lakecia Benjamin, qui a assuré cet été la première partie du Jazz at Lincoln Center Orchestra de Wynton Marsalis au Hollywood Bowl, semble en voie d’approcher un certain niveau de reconnaissance publique, comme l’indiquent des articles récents dans Le Monde et Télérama. Sa récente prestation au New Morning, au cœur d’une tournée européenne avec six dates françaises, est une confirmation de son potentiel. A peine le temps pour son trio composé de musiciens de son dernier album (Elias Bailey à la basse, Oscar Perez aux claviers, Jonathan Barber à la batterie) de chauffer la scène que Benjamin déboule sur scène, dans une combinaison argentée à la hauteur de sa volonté d’exploration. Entertaineuse autant que musicienne, elle ne tarde pas à haranguer le public pour l’appeler à participer et à s’impliquer dans le show. Sans surprise, le premier set est essentiellement dédié au répertoire du dernier album, l’excellent « We Dream », avec notamment une version très intense de Ascension. Visiblement frustrée de devoir s’interrompre pour la pause réglementaire (« In New York, we play all night long »), elle clôt le premier set avec une version très personnelle de My Favorite Things dédiée à Alice Coltrane. Très impliquée dans sa musique, y compris physiquement, c’est avec une série de rugissements qu’elle ponctue un solo particulièrement intense.
La pause, qu’elle passera avec ses admirateurs au stand de merch, n’a pas entamé son énergie ni son envie dévorante de jouer. Après une première partie centrée sur le jazz, la seconde la voit intégrer dans sa musique des éléments funk et hip hop – une invention new yorkaise, comme elle le rappelle -sans renoncer à sa spécificité, à l’image d’une lecture enlevée du Pass The Peas des JB’s, où elle convoque sans aucune difficulté l’énergie de Maceo Parker et de ses partenaires de l’époque. L’ambiance est telle dans la salle qu’elle n’a même pas besoin de faire semblant de quitter la scène pour déclencher le rappel. Pour l’occasion, elle est rejointe sur scène par China Moses pour une version à rallonge de Higher Ground, peut-être un clin d’œil à Stevie Wonder, attendu à Paris deux jours plus tard. Et si Moses doit jeter un œil sur son téléphone pour se rappeler des paroles au début, elle ne tarde pas à se laisser emporter par l’esprit et l’inspiration, et elle suit naturellement Benjamin quand celle-ci glisse dans sa version quelques mesures de A Love Supreme. Ce moment improvisé de partage est la conclusion parfaite à un concert mémorable, à la hauteur de la réputation grandissante de Lakecia Benjamin.
Frédéric Adrian