Simon Goubert et le Background Quartet - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 13 Mai 2026

Simon Goubert et le Background Quartet

C’était hier au 38 Riv’ avec Boris Blanchet, Sophia Domancich, Michel Zeninon, d’heureuses retrouvailles.

Quitté la campagne bretonne ce main, jeté dans le train un coup d’œil aux programmes parisiens où je me suis convaincu que la meilleure des choses à faire était d’aller écouter le Background Quartet (quoique aller récouter à la Dynamo de Pantin le Garden of Silences de Clément Janinet avec Arve Henriksen et, en première partie et en solo, le trompettiste Aymeric Avice… n’eût pas été une mauvaise idée), passé déposer mes effets dans ma banlieue et arrivé presque à l’heure au 38 de la rue de Rivoli pour le concert en 38 Riv’ dont j’ai croisé le fondateur du lieu, Vincent Charbonnier, devant le 36. Échanges de souvenirs avec celui qui fut plus qu’une promesse de la contrebasse dans la France des Eighties. Et j’ai conclu qu’une heure ne suffisait décidément pas pour venir de chez moi, descendant les deux volées d’escalier à 19h34 en comprenant que le concert (le premier des deux chaque soir au 38 Riv’) était déjà commencé.

Sold out comme on dit. Guichets fermés en bon français. Comme souvent, je trouve refuge au bar, cave adjacente, située comme en quinconce, par rapport à la petit salle de concert… déjà occupé par une partie du public. Le bar reste ouvert en toute discrétion, visibilité parfaite grâce à un grand écran qui donne à voir la scène sous un angle imprenable de la salle (notamment hier, sur les balais de Simon Goubert comme entre les mains d’un grâcieux magicien), synchronisation parfaire entre prise de vue et le son qui, par la disposition des ouvertures parmi les piles de pierre, parvient ici en direct, comme si on y était. Tout juste si l’on perd quelque relief.

Elsa Viguier qui programme le lieu en préservant à son compte l’audace initiale de Vincent Charbonnier y ajouant un regard attentif et perspicace sur la jeune génération, n’en a pas moins fait confiance à l’expérience de Simon Goubert que nous écoutions au même endroit il y a une quinzaine en compagnie du pianiste Étienne Déconfin et de la contrebassiste Léna Aubert. C’est ainsi que le batteur lui a proposé la reconstitution d’un quartette de 25 ans d’âge : Michel Zenino (contrebasse), Sophia Domancich (piano) et  – sur le disque de la création “Désormais”, 2001 – Yannick Rieu saxophoniste québecois familier de la scène française au tournant du siècle (Christian Vander, Laurent Fickelson, Jean-Loup Longnon, François Théberge) qui céda bientôt sa place à Boris Blanchet.

Il y a quelque chose d’indéfinissable chez Boris Blanchet. Le son et la phrase défient les critères esthétiques : c’est une énergie, une projection, une puissance, une nervosité sous contrôle, qui peut s’abandonner au jaillissement coltranien… mais le vocabulaire de l’abandon trahirait ici son sens de l’espace qu’il partageait notamment hier avec Sophia Domancich – je repense à un morceau particulier où tout était écoute et jouage entre eux –, si ce n’est que tout dans ce groupe, et tout ce qui naît à l’initiative de Simon Goubert, est espace et complicité. Avec Sophia Domancich évidemment, vues leurs années communes, avec cette façon qu’elle a d’endosser l’héritage de McCoy Tyner – face à celui qui sait ce qu’il doit à Elvin Jones – mais sans jamais s’y assujettir, débarrassée de ce qui peut paraître pesant chez le pianiste de Trane (je me souviens de Quincy Troupe mis à l’épreuve par celui dont il deviendrait bientôt le biographe, Miles Davis… « What do you think of McCoy, brother ? » Ça fait – Troupe soudain comme sur des charbons ardents – quatre pages dans Miles and Me que j’ai savourées au risque d’être condamné pour blasphème si je les reprendais ici). Plus – un Michel Zenino qui contribue au répertoire et y apporte un mélange de mobilité, de plasticité et d’espace qui fait de ces quatre personnalités un quartette à voir et à revoir.

Le tout se prolongeant au bar de quelques longs échanges autour de Simon Goubert, merveilleux conteur, intense, aux mille anecdotes musicales pleines d’enseignement. Franck Bergerot