Barre Phillips

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Andy Emler au Studio de l’Ermitage

Ce soir, déjà hier, Andy Emler présentait au public parisien le programme de l’album “Running Backwards” enregistré avec de fidèles complices : Marc Ducret, Claude Tchamitchian et Eric Echampard.

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Europa Jazz, le final (3), Maaï Trio, Barre Phillips/John Surman/Tony Buck, Dave Douglas/Uri Caine

C’est la première fois de la semaine que je vois Armand Meignan, directeur de l’Europa, passer l’intégralité d’un concert sur sa chaise côté cour, dans les coulisses, avec en permanence le sourire, et le corps remué de mouvements exprimant la satisfaction et le plaisir. D’habitude, vêtu de noir, il est plutôt inexpressif, vaguement grognon, dissimulant ses émotions sous une attitude légèrement hostile. C’est ainsi que vont les grands timides, dont la pudeur n’a d’égale que l’intensité des passions intimes. Mais là… devant Barre Phillips, John Surman et Tony Buck, ces rescapés du free, qui faisaient monter la sauce avec un art consommé et sans avoir l’air, il s’est laissé aller. C’est bon signe, évidemment.  

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Europa Jazz, le final (2), G.Roy, F. Couturier et A.Lechner, F. Corneloup, K. Barron, D.Holland

La musique pense, comme les autres arts. Ça se sait peu. On imagine que les sons ne signifient pas, qu’ils touchent sans avoir l’air d’y toucher, justement. C’est inexact, la musique pense, et le jazz est souvent là pour nous le rappeler. Mais commençons par des histoires, des petites histoires de contrebassistes. C’est Barre Phillips qui nous la rapportait ce matin, au petit déjeûner. Au début des années 70, il croise Michel Portal, qui lui propose de venir jouer à Bordeaux, au sein du « New Phonic Art ». Barre accepte.    

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Pierre Durand solo, Barre Phillips & Jacques Demierre, Laurent Coq, Miguel Zenon, Europa Jazz

« On ne sait pas ce que peut le corps », formule illustre de Spinoza, largement commentée par Gilles Deleuze dans son enseignement. J’y pensais hier, quand le mien n’en faisait qu’à sa tête au point de m’empêcher d’assister, une fois encore, au duo formé depuis des années par Barre Phillips et Jacques Demierre. Sans compter qu’il m’aura privé d’une partie du concert de Laurent Coq et Miguel Zenon, en début de soirée. Au moins aurais-je découvert, en cette rude journée, le talent de Pierre Durand…

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Joshua Redman 4tet, Moutin Reunion 4tet, Marcel & Solange, Emilie Lesbros, Europa Jazz Festival

Dans les débats prolongés qui avaient cours en 1968 et un peu après, une question revenait souvent aux oreilles : « d’où parlez-vous ? de quel lieu, de quelle instance votre discours est-il émis ? En déplaçant un peu les choses, on peut demander aussi, à propos de tout énoncé musical, d’où il est émis, de quelle place il nous parvient, et répondre qu’il est d’ici, d’aujourd’hui (bien sûr, le concert est toujours actuel), ou bien qu’il nous arrive de quelque point dans l’histoire, plus ou moins éloigné de nous, comme s’il fallait un certain temps pour que le message arrive. La relativité (restreinte ou généralisée), la théorie de l’univers en expansion nous seront-elles utiles pour apprécier la pertinence d’un message jazzistique ? En tous cas, prenons la journée d’hier à l’Europa Jazz Festival du Mans à l’envers, et débutons par Joshua Redman.  

Europa Jazz Festival 2012, le final (3)

Je pourrais reprendre, à propos du solo de Vincent Courtois (violoncelle), quasiment les mêmes termes utilisés hier à vanter les mérites du solo de Vincent Peirani (accordéon), sans oublier de souligner la présence du public, de plus en plus insistante dans le lieu (Collégiale St-Pierre-La-Cour), comme dans la Fonderie pour les concerts d’après-midi. Même si, pour les musiciens, ce n’est pas toujours évident, les concerts de midi ou de cinq heures sont pour les auditeurs une respiration, un bol d’art, accompagné du sentiment de partager quelque chose de rare. Cela dit, le violoncelle plaît, et il se situe sur un versant naturel de noblesse plus facilement que l’accordéon. La performance de Vincent Courtois n’en est que plus impressionnante dans la mesure où il n’a recours qu’à des thèmes de sa composition (ou exceptionnellement de Louis Sclavis), qu’il déplie dans un lyrisme exigeant, une technique sans faille, et un recours plus que minimal à des effets de manche ou d’archet. « Sensuel et perdu » dit un des titres de ce beau récital, à retrouver sur CD « L’Imprévu », Label La Buissonne/Harmonia Mundi. Perdu peut-être, mais pas pour tout le monde…